Je grève, tu grèves, il grève, … … … Nous Crevons !


Cette semaine, mon humeur est à l’incompréhension.
Je sais, avec ce billet, je ne vais pas me faire que des amis. Peut-être même, vais-je en perdre … Mais, il faut que ça sorte !

Durée de lecture : environ 5mn

***

Je ne me ballade que très rarement en ville.
Pourtant, en ce matin ensoleillé, j’ai dû marcher quelques centaines de mètres pour aller chez mon dentiste préféré, parcourant ainsi un trajet rigoureusement identique, jour pour jour, à une semaine d’intervalle (cf. Billet d’Humeur « Douleur, quand tu nous tiens! »).
Était-ce la douceur de la température, les couleurs qui teintaient superbement les pierres des vieux immeubles aixois ? Était-ce l’assurance de revenir allégé de ma douleur ? Impossible d’en expliquer la raison, mais j’avançais le nez au vent avec insouciance.
Chemin faisant, un homme, assis en tailleur, a attiré mon attention.
L’image que j’avais inconsciemment enregistrée la semaine précédente me revint en mémoire, me donnant ainsi l’impression qu’il n’avait pas bougé. Et alors que mon pas lent et mal assuré me donnait tout loisir de superposer l’image incrustée à celle que m’offrait la réalité, une curieuse sensation m’envahit.
L’homme était rasé de frais et bien coiffé. Son regard délibérément perdu, de telle sorte de ne pas risquer d’accrocher celui des passants, ne l’empêchait néanmoins pas de les saluer discrètement. Ses vêtements étaient usés, mais sa mise était soignée. Ses chaussures de toile sans lacets achevaient de trahir l’impression d’extrême précarité qui se dégageait de cette silhouette dont toute l’expression gestuelle ne cessait de s’excuser d’être là. Une affichette dont je n’ai pas eu besoin de lire le texte pour en saisir sans ambigüité le sens, et deux gros sacs en plastiques contenant quelques affaires, achevaient ce tableau dérangeant.
En passant devant cet homme, je me fis la promesse de m’arrêter au retour.
De fait, alors qu’un peu plus tard je remontais la rue, j’étais anxieux. Non parce que je redoutais de me dégonfler et de passer mon chemin, la tête haute et faisant mine de ne pas le remarquer comme il m’arrive en de telles circonstances, mais parce que j’avais peur qu’il ne soit plus là.
Et le plus naturellement du monde, arrivé à sa hauteur, je me suis adressé à cet inconnu tout en m’inclinant vers lui. Nous avons discuté suffisamment de temps ensemble pour qu’il me livre sans pudeur, sans haine, et sans se plaindre, les raisons qui l’avaient mené à ces quelques centimètres carrés de pavés.
Oh, cela tenait en quelques mots : divorcé sans enfant, perte d’emploi après 28 années passées dans une petite entreprise, fermeture, 56 ans, fin de droits, plus d’appartement, solitude et isolement. Le RSA, peut-être … s’il a correctement rempli son dossier, car il y a peu de temps encore il ne savait même pas ce que c’était … et l’espoir. Oui, l’espoir dans 4 ans de toucher une retraite d’environ 600 euros par mois.
Au début, il s’était débattu. Il avait cherché à se sortir de cette galère annoncée, mais qu’il n’appréhendait pas encore. Et puis les refus d’embauche au motif de son âge ont eu raison de son courage. Peu à peu il s’est convaincu que ce qui lui était arrivé était tout simplement de sa faute. Il avait fait des mauvais choix. C’était ainsi !

Des histoires de vies qui basculent en quelques années, voire quelques mois, on nous en racontait. On en voyait dans des reportages à la télévision. Aujourd’hui, qui n’a pas dans sa famille ou son entourage quelqu’un qui est en pleine galère ?
Et oui mes amis, les chiffres sont têtus : Plus de 5 millions de demandeurs d’emploi en France, dont 2,2 millions sont indemnisés, et auxquels s’ajoutent 4 à 6 millions de personnes sans emploi stable. Vous avez bien lu : environ 10 millions de personnes concernées. Même s’il est un nombre non négligeable qui ne court pas après un travail « conventionnel », vous en conviendrez aisément, le solde reste considérable. Il doit bien exister un problème quelque part …
Alors, la solution ? Mais c’est bien sûr, il faut faire payer les riches ! Car c’est bien connu, c’est en rendant les riches moins riches, qu’il y aura moins de pauvres.
Et puis, … et puis, il faut faire des réformes. Mais là, attention ! Il ne faut pas se méprendre et faire n’importe quoi. Des réformes, oui, mais pour les autres. Parce qu’il n’est pas question de revenir sur MES avantages acquis.
Sinon ? Sinon, c’est la grève !

Cette semaine a été plutôt fructueuse …
La grève des cheminots :
Vous pensiez que cette grève était causée par cette incroyable méprise à propos de la largeur des nouveaux trains ? Cet autisme consommé entre deux personnes, voire deux sociétés ? Que nenni ! Cette grève était de toute autre nature, et d’ailleurs les cheminots s’opposent encore entre eux sur ses motifs, de telle sorte que même après avoir obtenu satisfaction sur les points les plus critiques, certains ont poursuivi leur mouvement, des fois qu’ils puissent obtenir encore plus.
Quoi donc, exactement ? Mais encore plus, vous dit-on ! Il faut battre le fer quand il est chaud. Pensez, … moins de 10% de grévistes dès le 6è jour… Il faut maintenir le rapport de force.
Mais sur le fond, qui se soucie réellement des 44 milliards de dettes accumulées par le réseau ferré, ou la SNCF, par l’État actionnaire, enfin … par nous ?
Cela vaudrait tout de même bien que l’on s’accorde au moins sur l’utilité d’une réformette !
Ah, mais ne confondons pas tout. Là n’est pas l’essentiel, vous dis-je !
Nous, les cheminots, avec notre départ à la retraite à 50 ans pour le personnel roulant, 55 pour les ouvriers et 60 pour les sédentaires, nous qui toucherons une retraite à hauteur des 3/4 de notre dernière rémunération, nous défendrons jusqu’au bout les usagers du service public !

La belle mission que voilà, pauvres inconscients que nous sommes ! Mais c’est bien sûr, les usagers du service public …. D’ailleurs, il n’y a qu’en France où l’on traite d’usagers, des clients.

La grève des intermittents du spectacle :
Ah, le noble combat que celui de sauver le fleuron de notre Culture, mais aussi les fervents défenseurs des grandes causes humanitaires, des libertés, de la misère, et des inégalités !
Mais tout de même, « il faut être humain Monsieur le Président » !
Il s’agirait aussi, selon un ancien Ministre de la Culture tant vénéré, de maintenir un système qu’il définit comme un « Trésor ». C’est certain, ce régime unique au monde et qui concerne 100.000 personnes, qui coûte 1 milliard par an, soit 1/4 du déficit total du régime chômage, est un trésor.
Mais au fait, maintenir le statut des intermittents ? La chose est acquise depuis la réforme de l’assurance-chômage de mars dernier. Revoir le quota minimum d’heures donnant droit aux indemnisations ? Abaisser le plafond mensuel des prestations à 5.475 € par mois ? Retarder la prise en charge ? Mais, notre 1er Ministre a déjà décidé de différer cette dernière mesure et, pour les précédentes, de suppléer l’UNEDIC d’une partie du financement du système.

Alors quoi ? Est-ce si inadmissible, lorsque, durée et montant des prestations ont été diminuées, et que les cotisations ont été au contraire augmentées pour toutes les catégories de chômeurs, de tenter de modifier quelque chose et d’en parler calmement ?

La grève des aiguilleurs du ciel :
Vous savez, ces pauvres gardiens de nos vies aériennes, au statut digne des travailleurs de « Germinal ». Cette fois, ils protestent contre le projet européen souhaitant diminuer les redevances de contrôle dans le trafic aérien. Comprenez : à terme, une possible privatisation de certains services non directement liés au contrôle lui-même, comme la météo ou la maintenance des installations.

Avouons-le, une telle éventualité perpétrée par le monstre européen serait cataclysmique !

La grève des salariés de la SNCM :
Cette société sous perfusion depuis des années, et pour qui aujourd’hui nous redoutons le pire : un démantèlement !
Mais oui, hélas le pire va bien finir par arriver à cette compagnie qui, non content de subir des arrêts de travail larvés depuis 18 mois, doit encaisser un nouveau blocage total de la flotte de ses bateaux à la veille des premiers départs en vacances.

Et il y a aussi la grève des inspecteurs de l’examen du permis de conduire, qui réclament la suspension de la réforme visant à les rendre plus disponibles pour les épreuves de conduite ; la grève des taxis qui refusent la suppression de leur monopole ; la grève des agents de Pole Emploi, qui rejettent la modification du système de leur évolution de carrière, la grève des professeurs de droit opposés à la vulgarisation des lois sur internet, de certains avocats parisiens, la grogne des « Bonnets Rouges » qui réclament le maintien de la gratuité des routes en Bretagne et bientôt celle des transporteurs, …
Je vous épargne là mon énumération, car la liste est longue en cette année 2014 si florissante.

Mais comment ? Vous-même … vous ne faites pas grève ?!
Alors quoi, vous faites partie de ces « collabos », ces « traitres », ces « vendus », ces gens qui désirez travailler, et qui acceptez de subir les inégalités ou le joug du grand capital ?

Et bien, heureusement nous sommes là, nous, la minorité agissante et représentative, toujours prompts à défendre les intérêts de tous les Français !

*****

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***

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5 Commentaires

  1. Pascal sois tranquille : si jamais tu perdais un « ami » à cause de ce billet ma foi très modéré, cela signifierait que l’aveuglement de cette personne la rend peu intéressante.
    Nous sommes tous les victimes d’une auto-censure « PC » qui, en nous empêchant de nous exprimer, renforce notre immense frustration devant l’incommensurable gâchis de ce pays. Merci Pascal de nous montrer la voie, une fois de plus, avec la délicatesse que l’on te connaît.

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  2. Pascal MAUME

     /  29 juin 2014

    Bonsoir Pascal,

    Non, non, non,tu n’as pas perdu un lecteur assidu de tes Brèves !! Celle ci est tellement vraie et surtout réaliste malheureusement

    Bien à toi

    Pascal

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  3. Pascal , Tu ‘as pas perdu une Amie non ! mais ton amie se sent perdue dans cette France retrouvee une fois par an et qu’a chaque année je sens plus blessée , plus agressive , plus susceptible , plus incohérente , plus injuste et plus chaotique ! Je ne comprends plus ce qui s’y passe ni comment on a pu arriver si vite a une telle situation de non respect entre citoyens , entre voisins , entre êtres humains !
    La France est aussi toujours aussi belle et charmante , les paysages sont magnifiques , les infrastructures impeccables , quel dommage que les français en soient si peu conscients et si peu désireux de privilégier le respect et le regard sur les autres

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  4. Pascal, je ne saurais vous donner tort ou vous en vouloir d’avoir rédigé une chronique aussi juste. Vous gardez toute mon amitié. Mieux vous m’avez inspiré une chronique « confiture ». Amicalement. Annette

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  5. Bonjour Pascal. Pour ma part, je vous répondrais volontiers qu’en écrivant tout ceci vous avez renforcé mon estime et mon amitié… Mais il faudrait d’abord pour cela que la chose fût possible…

    Bon, ça commence à bien faire ça… Y sont où les déçus ??? 😉

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