Secret Meurtrier : Le début

23 avril 2013

Tout le temps qu’avait duré son jogging matinal, elle s’était sentie aérienne, aspirant à pleins poumons pour satisfaire pleinement un cœur en fête.
Puis, elle avait pris sa douche en hâte, et s’était préparée sans la moindre hésitation. Un jean taille basse, un pull en « V » en cachemire sur des dessous en dentelles blanches les plus délicates, un fond de teint discret et des lèvres rehaussées d’un rouge gourmand, elle était prête.
Car après avoir connu l’excitation liée à la vie d’un amour interdit, elle en avait assez de se cacher. Elle en avait assez de devoir composer entre ses deux vies. Il était temps pour elle de choisir son camp et de vivre au grand jour leur amour.
Elle n’aurait su dire si l’accélération de ses battements de cœur était liée à la peur ou à l’exaltation, mais elle s’en moquait. L’idée de déchirer sa chrysalide la remplissait d’allégresse. Ce qu’elle laisserait derrière elle n’était que parapluies noirs et grisaille.
Elle ne se voyait pas vieillir sans passion. Pas un jour, pas une nuit de plus.
Désormais, elle ne pouvait imaginer la vie ailleurs qu’auprès de cet amour qui la consumait.
Alors, c’était décidé ! Elle partait.

Elle appuya sur le bouton, et l’imprimante avala le fax qui demandait la liquidation de son assurance-vie et le virement du solde sur son compte de jeune fille. Ce compte pour lequel elle ne s’était jamais résolue à donner procuration à son mari. Hier un acte d’indépendance, aujourd’hui l’instrument de sa renaissance. Au moment où la feuille se faisait littéralement manger, elle y voyait un signe. Que pourrait-elle bien faire de cet argent, sinon le dépenser pour croquer sa pomme d’amour avec insouciance et à pleines dents ?

Maintenant que sa décision était prise, l’empressement succédait à la valse hésitation. Elle avait tellement hâte de partir, et de tout quitter. Et puis, elle voulait absolument être loin lorsque ses enfants rentreraient à la maison.

Elle prit quelques vêtements et les fourra sans trop de précaution dans un sac de voyage.
Elle dévala littéralement l’escalier et se rua sur le tiroir du bureau pour récupérer sa carte Visa, un carnet de chèques et son passeport.
Elle laissa délibérément les clés de la maison sur le petit guéridon de l’entrée. Elle saisit une veste, posa la main gauche sur la poignée de la porte d’entrée, et là, seulement à cet instant, marqua un temps d’arrêt.
Son alliance attira son attention.
Elle lâcha son sac, fit volte-face et se dirigea vers l’escalier qu’elle gravit d’un pas léger.
Elle entra dans la chambre en survolant la moquette, tant elle se sentait aérienne. Elle fila droit vers sa coiffeuse. D’un geste fluide elle fit glisser l’alliance le long de son doigt, et ouvrit ses boîtes à bijoux. Elle en nourrit un petit sac en velours noir, prenant bien garde de n’omettre aucun de ceux qui lui provenaient de sa mère et de sa grand-mère. Elle délaissa sans une once d’hésitation tous les marqueurs de son passé conjugal, à l’exception de ceux qu’il lui avait offerts à la naissance des enfants.
Un exercice accompli en une poignée de secondes, sans haine et sans regret.
Le sac disparut dans l’une de ses poches.
Voilà ! Maintenant elle en était certaine. Elle n’avait rien oublié.

Elle préférait ne pas laisser de lettre derrière elle. Il ne comprendrait pas. Quant à ses enfants, elle les appellerait plus tard, avant même qu’ils ne pensent à s’inquiéter. Ce n’était pas la première fois que son travail l’avait fait s’absenter précipitamment. Et puis, leurs grands-parents venaient s’installer chez eux le soir même, pour une dizaine de jours. Pour eux, avec ou sans elle, ce seraient tout de même des jours de fête.

Pas un regard sur la maison qu’elle abandonnait. Sans regret ni remord. La voiture fit quelques tours de roues sans qu’elle n’ait envie, ou besoin, de se retourner. Elle alluma d’un geste machinal la radio comme si, inconsciemment, elle voulait briser le silence qui régnait dans l’habitacle de l’automobile. Elle sourit en écoutant le résumé des infos du jour.
Ce jour-là, les députés français avaient voté la loi sur le « mariage pour tous ».

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