Mon mal en fleurs

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais certains de mes matins commencent mal. Il y a des matins où la somme de ce qui me tracasse s’entasse à me faire exploser le casque.

Je ne sais pas pourquoi, mais mon cerveau prend un malin plaisir à faire converger, au même instant, le pire de ce qui arrive vraiment, et le pire de ce qui pourrait arriver. J’échafaude les hypothèses les plus noires. Je me lance dans la surenchère du « nec plus sordide ». Bref, j’angoisse. Il parait que c’est normal. Il parait que notre cerveau adore les mauvaises nouvelles.

Cette semaine, j’ai réalisé le grand chelem. Chaque matin, à peine avais-je le temps de lever une paupière, que le côté obscur de moi-même avait pris le dessus. Je crois même qu’il avait pris le contrôle bien avant… Et en grand masochiste que je peux être parfois, plutôt que de prendre une large respiration en pensant très fort, « même pas peur ! », je n’ai eu de cesse que de laisser l’angoisse m’envahir. Mieux, je l’ai encouragée.
Maintes fois j’ai tenté de détourner mon attention sur le nœud du moment, pour mieux en embrasser un autre. Mais je débusquais un problème plus important à l’enjeu immense, pour enchaîner sur un autre encore plus dévastateur. Et puis aujourd’hui, comme cela ne semblait pas suffisamment terrible, pour être certain de me pourrir la vie, je me suis lancé dans une révision générale, en reprenant par le menu l’évocation des angoisses les plus sombres du catalogue.
Pourtant, j’en connais des techniques pour ôter la soupape et laisser fuiter ces fauteuses de troubles… Du travail sur la respiration à la cohérence cardiaque, de la relaxation à la sophrologie, de la méditation à l’autohypnose, de la pensée positive à la loi de l’attractivité ou des sophismes du type « rien n’est important, et tout est important », … Rien n’y fit ! Plus je tentais de reprendre la maîtrise de mon char, plus les chevaux s’emballaient.

Alors, quel remède apporter à la chose ? Rien de chimique ou de pseudo-naturel, la coupe est déjà pleine ! Un instant, j’ai imaginé transformer « mon mal en fleurs ». Eh oui, je vous avoue avoir pensé à concocter un recueil pour étaler mon spleen, mais n’est pas Baudelaire qui veut, et en tout cas, pas moi.
Alors au petit matin, tel le grand capitaine sur le pont de son bateau, ma main sur le front en guise de visière, j’ai scruté l’horizon à la recherche d’une terre plus hospitalière. Une terre sans angoisse, où coulerait le lait et le miel. Et qu’ai-je découvert ? Rien ! Rien, si ce n’est que par bien des aspects, ici et maintenant, j’avais déjà beaucoup de chance.
Alors ce soir, au moment de m’endormir, je serais bien inspiré de lister toutes ces chances qui me sont offertes. Il y a fort à parier que je m’endormirai avant d’avoir épuisé la liste de mes chances … et que je continuerai à les égrener au réveil !

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Et toujours, l’inspiration du poète …

Dépose ta tête
Qui n’est pas si bien faite
Sur le rebord de la fenêtre

Regarder loin ne sert à rien
Pas plus qu’être chiromancien
L’avenir n’est pas un soutien

Regarder de plus près
Tout ce qui s’évanouit après
N’est pas un bon engrais

Est-ce si important d’anticiper ?
Pour ne plus s’émerveiller
Lorsque tu seras réveillé

Tes pensées doivent dormir
Pour que tu puisses agir
Et au loin, partir

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