So foot… So french… So ridiculous !


Cette semaine, difficile d’échapper au déchaînement médiatique autour de l’équipe de France de football. En famille, au travail et même dans les dîners entre amis, peu d’entre nous ont pu s’y soustraire.
C’est bien normal. Pour bien faire comprendre à ceux qui ne sauraient pas ce qu’est l’équipe de France de football de ces 7 dernières années, permettez-moi cette image : Elle est comparable à une très belle et très riche jeune femme, aguicheuse à souhait, qui donnerait régulièrement rencard à des millions de personnes, sans jamais se rendre aux rendez-vous.
Fin de semaine dernière donc, le monde du foot hexagonal et un bon nombre de Français avaient le moral dans les godasses.

ukraine-france-jm

Donc avant le match de mardi soir, rares étaient ceux qui soutenaient encore l’équipe nationale de football. Et, puisque je sens que vous aimez les images, j’en ose encore une : On se serait cru en 1983 – damned! j’ai plus de 30 ans – où 18 mois après son élection, plus personne n’avouait avoir voté pour François Mitterrand – pour ne pas prendre un exemple, disons… plus contemporain -.
Ainsi, pour les supporteurs, les joueurs étaient des sales gosses n’ayant aucun respect pour le maillot ; des rebelles qui avaient refusé en 2010 de descendre d’un bus pour s’entraîner en Afrique du Sud et qui n’avaient plus aucun souci à se faire : en 2014, ils n’auraient même pas à monter dans l’avion pour le Brésil.
Les spécialistes dénonçaient des joueurs incapables de suivre les consignes de jeu de l’entraineur, une équipe rongée par les copinages et les clans, composée sur cooptation de meneurs aux égos si surdimensionnés, que pour éviter de froisser les uns ou les autres, on leur avait choisi un capitaine fantoche – un garçon charmant et bien élevé au demeurant – mais un leader charismatique ayant tout juste 2 de tension dans les vestiaires ou devant les caméras.
Mais tout de même, l’entraîneur se montrait confiant…

Deschamps a confiance

Evidemment, les commentaires allaient bon train, à tel point que l’on aurait pu croire voir l’équipe jouer, non contre l’Ukraine, mais contre son propre pays ! Pire, plutôt qu’une union sacrée face à l’adversité, les Français fidèles à l’esprit de 1789 réclamaient déjà des têtes : dehors, ce Président de fédération qui n’était pas respecté par les Présidents de clubs qui l’avaient pourtant élu ; limogé, cet entraîneur au palmarès impressionnant devenu subitement un incapable ; expulsés, ces joueurs frondeurs ne sachant pas jouer en équipe. Bref, un bon nettoyage du sol au plafond, voilà ce qu’il nous fallait ! Mais attention, un nettoyage à la française ! Car si tout le monde s’accordait sur le principe, personne n’imaginait avoir à balayer devant sa propre porte.
Mais si je vous l’assure ! Pour preuves, ce joueur qui après une défaite déclarait, «nous sommes meilleurs qu’eux», tandis que le Président de la FFF affirmait sans rire et en conscience, «On est vraiment en progrès depuis 6 mois, 1 an».
Côté media, les journalistes sportifs restaient mesurés. Les gros titres s’apparentaient à des promesses apocalyptiques. La surenchère avait rarement connu un tel paroxysme. jugez-en  plutôt : «L’exploit ou le KO» ; «un miracle ou le chaos» ; «Le sursaut ou le néant», «La France au bord du gouffre»…
De son côté, la presse généraliste déplaçait goulûment le sujet sur la scène politique : «L’équipe de France porte sur ses épaules des enjeux, économiques, identitaires, politiques, qui la dépassent» ; «La France au miroir de son équipe de foot». Rien que ça…
Quelques rares voix tentaient de calmer l’hystérie générale en se bornant à rappeler qu’il ne s’agissait que de football, et qu’il y avait des problèmes plus importants. Mais, les pauvres inconscients, ils ne se rendaient pas compte ! «Une élimination mettrait la patrie en danger» ! «Elle aurait un lourd impact», alors qu’au contraire, «la victoire stimulerait la croissance et resserrerait les liens sociaux». De doctes sociologues déclaraient avec force persuasion : «La France risque une dérive sociétale violente dans un climat déjà délétère». J’en avais froid dans le dos !
Et pour faire bonne mesure, les éditos de mardi matin des commentateurs politiques nous expliquaient «pourquoi, si les Bleus étaient éliminés, François Hollande en serait affecté». Mais c’est bien sûr, «cette équipe n’a pas plus le sens du but que nos dirigeants n’ont celui d’un cap clair et précis» !
Les sondages – et oui, pour cela aussi on commande des sondages – sont alors impitoyables. Rendez-vous compte: 70% des gens pensaient qu’ «ils» allaient perdre, 63 % l’espéraient, et « 75% des français éprouvaient du désamours pour l’équipe nationale ». Après ces chiffres hallucinants, on entendit le cri des vrais amoureux du ballon rond : «Alors non, messieurs les footballeurs ! Emmenez-nous au Brésil ! C’est le moment d’offrir du rêve aux Français !». C’est ça, vous êtes tellement indispensables à notre bonheur, faîtes-nous rêver !

Sur ce, arrive enfin le grand soir… de la mise à mort dans l’arène du Stade de France. Une injonction entendue maintes fois dans la cour de mon école me revient alors en mémoire : « Du sang, de la chique et du mollard !
Et, surprise ! Les 13,5 millions de téléspectateurs de TF1, (46% de part d’audience, record battu), découvrent un stade plein à craquer et des drapeaux tricolores agités avec frénésie. La «Marseillaise» n’est pas sifflée, et même le Président de la République est présent. Rendez-vous compte de l’audace ! De retour d’un voyage officiel en Israël, il a posé un lapin à sa Valérie chérie, en demandant avec autorité et de manière impromptue à son chauffeur de le déposer au Stade de France. Gonflé, notre Président ! Et chanceux ! Il a trouvé à la dernière minute une place de parking et un fauteuil au stade ! Oui, chers lecteurs, je n’ai pas peur de l’affirmer : c’est une union sacrée spontanée !
Et le miracle se produit. «Nous» sommes qualifiés pour la coupe du monde ! «Ils l’ont fait !».
90 minutes sur un rectangle vert, et tout le monde, il devient beau, tout le monde il devient gentil. On oublie tout. C’est la fameuse paix des braves. Et puis, ne dit-on pas, «nous sommes si prompts à adorer ce que nous avons brûlé la veille» ? ou bien est-ce l’inverse ? En tout cas, les interviewes se multiplient. La France exulte.
François Hollande a le triomphe modeste : «L’Equipe de France nous montre l’exemple» (Allez, bossez un peu et retroussez vous les manches !). «Il y a parfois des raisons d’être en colère, (un petit clin d’œil aux agriculteurs, aux sages-femmes, aux bonnets rouges, aux artisans, aux Maires, à ceux qui détruisent les radars et les portiques-écotaxe, aux cavaliers, aux…), mais, poursuit-il, aujourd’hui il y a une victoire. Il faut la savourer» (pour une fois où je peux commenter une bonne nouvelle !).

Match aller

Un silence, une hésitation imperceptible le temps de réfléchir à ce qu’il pourrait ajouter… lorsque soudain une inspiration le saisit : «Et puis, un entraîneur, ça compte !».

Bon entraîneur

Mercredi, la France se réveille.
Certains ont passé une nuit plus agitée que d’autres. Sur les Champs-Elysées, on a demandé à la police de s’éclipser pour ne pas effrayer supporteurs Algériens, Portugais et Français qui auraient pourtant bien aimé « fraterniser » avec les forces de l’ordre ; des policiers marseillais encerclés par des individus prêts à en découdre pour fêter la qualification de l’Algérie ont été libérés par des maîtres-chiens et une compagnie de CRS lourdement équipés ; des villes coutumières du fait ont lancé le concours du plus grand nombre de voitures incendiées (Strasbourg battu d’une courte tête par Roubaix) ; quelques bombes lacrymogènes, une petite trentaine de garde-à-vue : cela ne vaut pas la peine d’en parler. Rien de bien méchant, il faut bien que jeunesse se passe !

La presse, mesurée, est une nouvelle fois unanime : «Le bonheur retrouvé !» ; «Une page est tournée» ; «Renversant !» ; «Rio, Bravo !» ; «Et un, deux, trois… Rio !» ; «Ressuscités !»

Les serveurs informatiques du 1er producteur de films pornographiques français, qui avait fait la promesse de donner un accès gratuit à son site en cas de qualification, n’ont pas supporté le nombre de connexions. La présentatrice de Canal+ a respecté sa parole en présentant la météo «à poil», Cyril Hanouna s’est bien teint les cheveux en blond, …

La France rassurée

Sur le plan économique, la victoire des Bleus soulage TF1 et ses 130 millions d’investissements dédiés à la coupe du monde et ses recettes publicitaires, tout comme celles du journal «L‘Équipe». Nike a pu présenter le nouveau maillot des Bleus. Les affaires vont bientôt reprendre pour les vendeurs d’écrans plats, de farine, de pizzas et de bière, les compagnies aériennes et les agences de voyage.
Tout se joli monde a la banane.
La Sécurité Sociale et les employeurs savent déjà que les congés maladie pendant la coupe du monde vont grimper en flèche.
Les économistes remettent les pieds sur terre après avoir examiné les chiffres de l’Espagne, qui a trusté tant de titres sportifs ces dernières années : La France ne prendra pas un pouillième de pourcentage supplémentaire de croissance. Mais qu’importe, le Pays est tellement heureux !

Et pendant ce temps-là,

– La France est championne d’Europe des charges sociales des entreprises ;
– Nos députés en ont profité pour voter la loi de finance et le budget 2014 à l’arraché ;
– Les embauches baissent de nouveau en octobre, le nombre d’entreprises qui disparaissent cette année est en forte augmentation par rapport à 2012, mais Mr Ayrault répète qu’il croit en l’inversion de la courbe du chômage pour la fin de l’année, (alors que l’OCDE abaisse les perspectives de l’emploi en France pour 2013 et 2014. Elle ne prévoit pas d’amélioration avant 2015) ;

Le chômage

– Pour tenter d’éteindre l’incendie et se donner un peu d’air, notre 1er Ministre reporte l’écotaxe et lance l’idée d’une remise à plat du système fiscal : rendez-vous dans 2 à 3 ans… on va consulter. Mais point de réforme de l’appareil d’état et donc des dépenses… Voyons, pas de sujet qui fâche, un soir de victoire nationale !
– « Mais nous resterons fermes », réaffirme le Ministre de l’Education Nationale, « La réforme des rythmes scolaires sera maintenue » (on s’en fout, la coupe du monde a lieu pendant les congés d’été).

… Et coup de bol ! Sur la 2è moitié de la semaine, la neige et le verglas ont semé la pagaille dans plusieurs régions de notre si beau pays. Cela va en occuper plus d’un !

Pour paraphraser (en partie seulement) Staline : Sport et météo, l’opium du peuple ?

Ah, j’oubliais !
Le rapprochement entre l’Europe et l’Ukraine est en suspend (vérifiez, cela ne s’invente pas ! ).
Et puis, L’ONU a reconnu le 19 novembre comme étant la journée mondiale des toilettes, (et oui, 1/3 des humains n’ont pas accès à un système d’assainissement convenable).

journee-toilettes

Alors, un grand merci aux Bleus, car grâce à leur qualification, le microcosme du football français a évité d’avoir à tirer la chasse d’eau de la Fédération !

***

Mon billet d’humeur : c’est un clin d’oeil, une brève de comptoir, une réflexion captée dans l’instant. Vous avez aimé ? Alors partagez-le, et incitez vos amis à s’inscrire sur https://launayblog.com/, et ne ratez pas celui de la semaine prochaine !

***

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3 Commentaires

  1. Du pain et des jeux… A Rome, ça marchait bien aussi !! Peu de choses ont vraiment changé depuis….

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  2. vg-creaction.concept@wanadoo.fr

     /  25 novembre 2013

    Ton dernier billet m’a bien fait rire. Je partage totalement.

    Bien à toi

    Vincent

    J'aime

    Répondre

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