Réformer les Études de Médecine : une Urgence !


Comme d’autres remplissent leur réservoir d’essence, je fais régulièrement le plein à l’hôpital. C’est désormais une habitude, voire même un rituel, au protocole bien huilé.
Les chauffeurs de la société d’ambulance sont devenus pour la plupart de vieilles connaissances. Personnages au caractère bien trempé, diserts ou taiseux, nous parvenons toujours à deviser sur des sujets, souvent sérieux, parfois drôles, mais toujours sur un ton délicieux.
Je peux l’avouer ici, moi qui pourtant n’entre jamais dans les bars, ce sont mes brèves de comptoir. Il faudra qu’un jour je brise pour vous le secret déontologique du patient transporté.

Mais, venons-en à la véritable humeur de la semaine :
Arrivé tôt ce mercredi matin, j’attends patiemment dans la salle de traitement qu’une infirmière vienne me poser un cathéter. Deux heures se sont déjà écoulées, et à part avoir collectionné quelques-uns de leurs plus beaux sourires au hasard des soins dispensés aux autres patients, (oh ! que le mot est bien choisi), pas une de leurs mains expertes n’est encore venue s’occuper de moi. Alors que faire dans une salle de traitement, sinon patienter, lire, et finalement somnoler.
Soudain, comme un écolier surpris au fond de la salle de classe en flagrant délit de sieste, j’entends mon nom résonner dans la pièce. Une, deux, puis trois fois ! Il ne peut s’agir d’une coïncidence, et je finis par comprendre : c’est bien moi que cette jeune inconnue interpelle. Je réponds donc timidement présent, tout en levant le doigt.
– Ah, c’est donc vous ! me lance-t-elle sur un ton peu amène, tout en me priant d’un geste non équivoque de la suivre.
Je m’exécute, je vous rassure tout de suite, au figuré bien sûr !
Quoique… Une décharge d’adrénaline vient d’ordonner à mon cœur de monter dans les tours, tandis que mon diaphragme a sauvagement tiré sur le frein à main.
Ai-je renversé mon gobelet devant la machine à café ? Non, je n’ai pas pris de café ! Ma voiture serait-elle mal garée ? Non, suis-je bête, je me suis fait accompagner ! Aurais-je tenté d’arracher sauvagement la blouse d’une infirmière ? Non, je ne me rappelle pas avoir eu ce fantasme ce matin ! Un rapide coup d’œil sur mes deux voisins, ils n’ont pas l’air plus traumatisé que d’habitude. Alors, où est le problème ? Je n’en finis pas d’énumérer les options les plus noires qui me viennent spontanément à l’esprit.
Nous faisons quelques pas dans le couloir, et la blouse blanche inconnue me dévisage de la tête aux pieds, se retournant à plusieurs reprises, visiblement préoccupée par ma démarche claudicante.
– J’observe votre façon de marcher, me dit-elle en plissant les yeux comme pour souligner la concentration dont elle doit absolument faire preuve.
Allez savoir pourquoi, je cherche instinctivement à me redresser et à regarder droit devant moi, comme un vieux canasson ayant compris tout à coup qu’il faisait l’objet de la dernière visite du vétérinaire, avant d’être mené à l’équarrissage.
Bon, j’exagère un peu ! Mais tout de même, je suis tellement peu rassuré que j’en trébuche presque.
Nous pénétrons dans l’antre de l’un des médecins du service, et j’aperçois immédiatement la présence de mon dossier sur le bureau.
C’est que, tous les deux, nous nous connaissons bien. Nous sommes souvent sortis ensemble, et entre examens, comptes-rendus et analyses de toutes sortes, mon témoin d’infortune est épais comme le Code de la Sécurité Sociale. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le neurologue, qui me suit depuis 9 ans, a pris soin de résumer en 4 pages dactylographiées ce que la Faculté s’accorde à appeler mon antériorité.
Et précisément, mon dossier est ouvert comme il se doit sur la note de synthèse en question !

(Petite digression…)
On ne peut que s’extasier devant la qualité du classement des centaines, que dis-je, des milliers de dossiers que ce service traite à longueur d’années.
Pensez donc ! Quelqu’un a pris la peine de relever les noms de tous les patients ayant aujourd’hui la chance d’avoir un rendez-vous ; lui-même ou encore mieux, quelqu’un d’autre, a exhumé mon dossier du classeur d’archivage où il reposait, pour permettre d’y trouver les étiquettes et le code-barres magique qui autorisera la pharmacie centrale, (bientôt, je l’espère), à délivrer sur ordre du chef de service le produit correspondant à mon traitement. Vous considérez, j’imagine, l’importance de la chose !
Devant ce prodige, je vous le demande solennellement, mais qui a dit que le service public manquait d’efficacité ?
Pour ma part, je dis : « Respect » ! L’ordinateur n’a qu’à bien se tenir. D’ailleurs, l’imprimante en reste muette, et l’écran noir de son compère porte déjà le deuil de son inutilité.

Alors que l’interrogatoire débute, j’apprends que la personne en face de moi est Interne.
Ouf ! En vieux routier de l’exercice, je peux enfin me détendre. Ce n’est que le nième Interne qui me fait répéter ce qui figure sur la note de synthèse. Néanmoins, c’est aussi la nième fois que l’on cherche à me ramener dans un passé tristounet dont j’ai décidé de m’extraire pour réussir à vivre dans le présent. Mais comme je suis un garçon courtois, je réponds docilement aux questions qui me sont posées.
Et celles-ci fusent. Mais nul besoin de réfléchir : je connais les réponses par cœur.
Le temps d’une respiration et une nouvelle sentence tombe : je souffrirais de troubles intercurrents. Diable ! Je commençais à me détendre. Un mot jusque-là inconnu, et une nouvelle montée d’adrénaline me cueille à l’improviste.
Pour faire baisser la pression, je tente un trait d’humour.
– Vous êtes certaine, cela existe ?
– Oui, je vous l’assure.
– Non, je veux dire, intercurrent, cela existe ?
– Euh, je crois bien… Cela doit être dans le dictionnaire.
– Ah ! … Alors je suis rassuré.
Mon interlocuteur en conclut alors que la partie de ping-pong peut reprendre.
Un moment anxiogène pour moi, anodin pour elle. Mais nous en arrivons enfin à la conclusion, et à part l’épisode intercurrent, rien de nouveau. Elle me libère.
Chouette, les infirmières vont pouvoir me brancher ! Encore une fois je vous rassure, au sens figuré bien sûr.

On vérifie les niveaux, on relève les constantes, et voilà que je rejoins mes congénères.
Bientôt, le goutte-à-goutte me plonge doucement dans un rêve. Un rêve où un Ministre frétille en haut d’un escalier, ne sachant se vouer à quel hameçon tendu par des journalistes tout excités.
– Monsieur le Ministre, une déclaration à propos de la future réforme des études de médecine ?
– Monsieur le Ministre, s’agira-t-il de mettre le patient au centre de la médecine moderne ?
– Monsieur le Ministre, devons-nous comprendre que l’accent serait mis sur des disciplines comme la psychologie et les relations humaines ?
– Monsieur le Ministre, …
– Allons, allons, mesdames et messieurs, soyons sérieux ! Il y a bien longtemps que nos médecins sont de véritables communicants. Peut-être faudrait-il, tout au plus, rétablir l’apprentissage de la lecture…

Allez amis médecins, rien de personnel dans tout cela ! Alors, sans rancune ?

***

Mon billet d’humeur : c’est un clin d’oeil, une brève de comptoir, une réflexion captée dans l’instant. Vous avez aimé ? Alors partagez-le, et incitez vos amis à s’inscrire sur https://launayblog.com/, et ne ratez pas celui de la semaine prochaine !

***

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2 Commentaires

  1. Bonjour Pascal. Je me souviens très bien des autocars de ma jeunesse. Celui qui reliait Cassis à Marseille arborait une inscription en provençal qui affirmait (je cite de mémoire et ne garantis pas l’orthographe) « Qu’a vist Paris e noun Cassis a ren vist » . Cette phrase, dont Google vient de m’informer qu’elle serait de Frédéric Mistral, avait un jour été traduite de manière humoristique par un ami parisien venu en vacances par « A Cassis, y’a rien que des arrivistes », ce qui ne manque pas de sel. En vérité, elle signifie à peu près « Qui a vu Paris et pas Cassis n’a rien vu ».

    Dans un même ordre d’idées j’ai envie de vous répondre ceci :

    « Et encore, vous ne connaissez pas les psychiatres… »

    Bonne journée !

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  2. Effectivement. Et coïncidence, un ami m’a fait la même réflexion pour les cardiologues…

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