La commode


Cette semaine, honneur à Didier Regard qui a inspiré le thème de l’article de ce dimanche. Alors, une fois n’est pas coutume, son poème introduit le billet d’humeur.

La commode

Dans un tiroir blessé
J’ai emmagasiné
Des souvenirs époussetés

Je pousse, je tire
Sur des rails maladroits
Une vie au bon endroit

Et plus ça grince
Plus je cherche à amortir
Ce qui coince

Face â cette langue tirée
Qui nargue ma naïveté
Et des souvenirs retrouvés

Je referme la bouche bée
Prête à me déclarer
Ce que je veux oublier

Découvrir les poèmes de Didier Regard et aussi ses tercets(*)

 *****

Au moment où Didier m’envoyait son poème, hasard ou synchronicité, je rentrais de chez Ikea.
Oui je sais, la comparaison est osée, mais que voulez-vous, il faut bien qu’il y ait des soutiers quand d’autres évoluent dans les hautes sphères inspiratrices !

Donc, j’ai commis l’imprudence cette semaine de proposer à mon épouse de l’accompagner pour acheter une cuisine.
Cela faisait un siècle que je n’avais pas mis les pieds dans un magasin Ikea. J’avais bien gardé le vague souvenir admiratif de ce champion du merchandising qui oblige tous ses clients (même les français) à suivre les flèches sans broncher, mais j’avais totalement occulté la tannée que cela représentait. Et puis, sans doute qu’à l’époque les lieux n’étaient pas si immenses. Mais aujourd’hui, chez Monsieur Ikea, c’est tout pour la maison, du sol au plafond. Meubles et accessoires en tout genre, on peut entièrement s’équiper. Du savon pour la salle de bain aux courses alimentaires, vraiment ce ne sont que les étourdis qui peuvent pester, une fois arrivés chez eux, parce qu’il leur manque quelque chose avant de se mettre à table ou au moment de se récurer les ongles de pieds.
Quelqu’un devrait juste oser dire à Monsieur Ikea que l’on ne peut pas mettre tous nos achats dans le petit chalet en bois à 649 euros que l’on trouve sur le parking. On peut en acheter plusieurs, je vous l’accorde, mais il faut être suédois pour braver les froidures de l’hiver en passant d’un chalet à l’autre pour regagner sa chambre, après avoir pris une bonne douche.

Il est vraiment fort Monsieur Ikea. Il vous montre tout plein de cuisines en exposition, afin de donner l’impression qu’il y a, de fait, plein de modèles, et que le seul boulot c’est d’en choisir un tout prêt et de l’emporter.
Que nenni ! Il faut retrouver son âme d’enfant parce que vous avez devant vous un formidable jeu de construction. Les meubles sont standards, mais il existe une flopée de finitions : matériaux, plaquages, couleurs, poignées, … Tout est possible !
Mais Monsieur Ikea a tout prévu. Pour faire vos choix, vous disposez d’un QCM de 50 pages et d’un logiciel pour jouer au bâtisseur en 3D, sur place ou à la maison. Ainsi en quelques clics, le devis tombe, la commande est passée … Enfin ça, c’est ce que Monsieur Ikea dit. Seulement voilà ! On peut tout de même en douter au vu du nombre de familles en errance dans les travées, et de celui des clients désoeuvrés qui attendent les vendeurs, comme certains attendent le messie.
Heureusement, mon épouse avait bien préparé son coup, et savait à peu près ce qu’il nous fallait. Et puis, summum de la prévoyance, elle avait pris un rendez-vous avec un conseiller pour construire notre cuisine et sortir le devis. Si c’est possible ! 49 euros, et vous avez un pro des cuisines et du fameux logiciel pendant une heure, rien que pour vous. Et quand je dis un pro, fichtre quel pro ! … Les questions pleuvent comme crachent les orgues de Staline. Pas le temps de voir se déplacer le curseur de la souris sur l’écran…
C’est ainsi que 2 heures et 20 minutes plus tard, nous n’avions plus qu’à faire la queue aux caisses et se consoler avec ces fameux chocolats que Monsieur Ikea a exportés dans toute l’Europe.

Ah mes amis, j’en frissonne encore d’horreur en pensant à ce que nous aurions pu endurer s’il avait fallu nous débrouiller tout seul ! Il se dit que certains prennent des jours de malad… euh non, des jours de congés. Il parait d’ailleurs qu’il y a des gens qui reviennent autant de fois qu’ils paieront (3 à 4 fois). Je les comprends (enfin presque).
Mais de cette expérience, je ne retiendrai que cette mère affolée qui ouvrait tous les tiroirs, tous les placards et toutes les commodes, à la recherche du précieux doudou de son petit garçon.
Un drame se nouait devant nous, et nous étions plongés dans nos futurs fourneaux !

*****

(*) Didier Regard a été formé à l’écriture de Haïku dans les règles de l’art. De ces 5 haïku dont il nous gratifie cette semaine, j’adore le rythme, l’expression, l’évocation … décidément, pas une syllabe n’est à retirer. Chapeau l’artiste !
Précision à l’attention de ceux qui découvrent ce qu’est un haïku : il s’agit d’une forme japonaise de poésie finement codifiée. Trois vers permettant de noter les émotions, le moment qui passe et qui émerveille ou qui étonne.

Vagabondez dans mon univers, vous découvrirez des nouvelles et des romans, les poèmes de Didier Regard, et aussi les chansons de Marie. Aimez, commentez et partagez sans modération, et surtout, abonnez-vous pour ne pas rater les prochains billets !

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6 Commentaires

  1. Ah! Ikea… cela fait des millénaires que je n’ai mis les pieds dans ce magasin. Faut dire aussi qu’en Colombie-Britannique où je demeure pour le moment (sur l’île de Vancouver), il n’y en a qu’un seul dans la région de Vancouver, sur le continent… ce qui nous fait le trajet pour se rendre au traversier… 3/4 d’heure, 2 heures de traversier pour se rendre sur le continent puis environ 1 heure de conduite pour se rendre à l’Ikea… puis le même temps (parfois plus avec le trafic et aussi… parfois… de devoir attendre le prochain traversier car celui qu’on voulait prendre est plein). Donc, faut prendre le premier traversier de 5:30 du matin pour revenir par le dernier de 22:00… et il est recommandé de réserver sa place (avec des frais de réservation bien sûr) si on ne veut pas se retrouver à louer une chambre d’hôtel pour la nuit… ce qui serait une cata car $$$$$$$$ oops €€€€€€€€€€€ je voulais dire 🙂 Vancouver est classée parmi les villes les plus dispendieuses au monde.

    Et on ne parlera pas du coût du traversier qui est d’environ 110€ aller/retour pouvant aller jusque 150€ dépendant de la saison, du jour de la semaine et du prix de la réservation si on veut être certains de ne pas louper le traversier, de l’essence et aussi des repas car on ne peut se taper tout ce trajet sans casser la croute… à moins d’avoir des sacs thermos et d’apporter un bon dîner et souper et p’tit 4heure. Donc, finalement… non merci.

    Mais je me rappelle cette autre vie où j’y allais fréquemment… j’aimais bien regarder toutes ces babioles qu’ils vendaient. Je n’achetais pas grand chose mais j’aimais bien me promener et regarder et imaginer. Je présume que cela doit avoir changé depuis mon dernier voyage dans ce magasin.

    Aimé par 1 personne

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    • Oh oui, cela a beaucoup changé si j’en crois ma propre observation ! L’assortiment est devenu monstrueux, et même si le merchandising est poussé à l’extrême, on s’y perd. D’ailleurs, je m’y suis perdu au sens littéral du terme lorsque j’ai voulu sortir du magasin. Ne trouvant pas la sortie, et arès un léger accès de colère, j’ai fait une crise d’angoisse …
      Sinon, s’il vous prenait l’idée de faire un jour un genre de visite nostalgique, prévoyez 4 heures …
      Notez bien que je ne suis peut-être pas un bon témoin, car de part mon ancien boulot, j’ai beaucoup arpenté les centres commerciaux. Je m’en fatigue donc assez rapidement.
      Néanmoins, venant de l’île de Vancouver, entre le monde dans les allées et la profusion dégoulinante de biens de consommation, le truc risque d’être un peu brutal pour vous…

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    • Merci, mille fois merci pour ce « traversier » qui m’a sauté à la figure comme un paquet d’embruns. Sur le moment j’avais pantoute capté de quoi qu’y s’agite. La suprise passée, l’écume repartie et le contexte de votre prose m’ont permis de réaliser que nous aooooouutres nous nous contentons de dire bêtement « ferry », tellement plus insipide, sans même y réfléchir…

      A ce train-là, nous sommes bien capables, pauvres quétaines que nous sommes, de parler carrément un jour de « flûte ferryte », sans même nous en rendre compte.

      Merci encor, du fond du cœur. Et puis tiens, je me permets un gros bec tout ému.

      Aimé par 1 personne

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      • Un bec du Québec me fait toujours plaisir et je vous en retourne un 🙂 … j’ai vécu de nombreuses années au Québec… et j’y ai de merveilleux, merveilleux amis… oui, ici aussi, c’est un ferry mais… je ne sais pas si ce terme est connu en France… peut-être que oui… peut-être que non. L’est-il, Pascal?

        Encore merci de ce brin de québécois qui me manque beaucoup (l’hiver québécois ne me manque pas par contre 🙂 )

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      • Oui, « Ferry » est le terme usuellement employé ici.

        Je rends à César (oh pardon ! à Bernard) ce qui lui appartient de façon à lever la possible confusion. Je pense que vous ne l’avez pas faite, mais j’anticipe l’erreur des rapides de la lecture ou des adeptes de la diagonale : j’avoue que j’aurais bien aimé avoir le talent d’écrire ce délicieux commentaire, mais il n’en est rien. Le commentaire et le « gros bec » ne sont pas de moi, mais bel et bien de Bernard. En revanche, je vous envoie une grosse bise d’Aix-en-provence, et j’en profite pour adresser à Bernard un amical clin d’oeil.

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  2. Ah! On en apprend à tous les jours 🙂 donc « ferry » est devenu un terme universel… bien… ça règle les problèmes de traduction 🙂

    Alors re-merci à Bernard pour le bec que je lui retourne et pour la bise… que je vous retourne aussi 😀

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