Une soudaine lassitude, un furieux doute…

Il y a des soirs étrangement embrumés où survient une certaine lassitude.
Il y a des nuits d’insomnie irrationnelles où j’oublie que je ne suis pas né quelque part sur un trottoir, dans une favela, parmi les chiffonniers de Dehli, ou dans un bouge balinais.
Il y a des matins, à peine éveillé, où mon esprit tourne en boucle.
Il y a des jours où le doute me submerge. Ma philosophie de vie s’effrite. Mes projets semblent s’effondrer. La vision de mon avenir se trouble. En un claquement de doigts, ma mission sur terre m’apparait si dérisoire…

Tout ce que je professe à l’envi ne m’est brutalement d’aucune utilité. Rien à faire, ma petite flamme vacille si dangereusement, qu’elle menace de s’éteindre.

Dans ces moments-là, à quoi mes quelques certitudes tiennent-elles? À un fil ! Un fil si ténu … Et si je n’étais guidé que par de simples habitudes, de tristes routines. À moins que pour moi, vivre ne soit en fait qu’un pauvre réflexe…
Dans ces moments-là, je tente de me réfugier dans la contemplation et dans la stricte observation du temps présent. Le sourire ou la moue taquine d’un enfant, le regard de ma compagne, le miracle de ce fruit qui mûrit sur son arbre et dont la couleur tourne à l’orange, la clarté du jour ou l’éclat de la lune, le mouvement gracieux d’un rapace jouant avec les courants, l’œil coquin de l’un de mes chiens, le bruit du ressac sur la plage, … Il y a tant de choses qui méritent l’émerveillement. Mais à la fin, la tentation de l’isolement ressurgit du fin fond d’un cerveau désormais hagard.

Il me semble soudain qu’il n’est plus temps. Le voilà certainement le nœud du problème. Il y a des instants où la vacuité de mon existence me frappe en plein visage. Tout ça pour cela ! Quelques dizaines d’années encore à vivre, quelques mois, quelques jours peut-être… N’est-ce pas ridicule à l’aune du temps universel ? L’échéance n’a que peu d’importance. Quelle différence cela fera t-il ? Quoiqu’il arrive, peu d’années après ma disparition, je serai gommé des mémoires. Car enfin, si l’on cherche à être honnête envers soi-même, au bout du compte, on se rend compte que l’on est quantité négligeable. Faudra t-il une, deux, quelques générations, pour que l’on m’oublie ?

Alors, à quoi bon s’obstiner. À quoi bon lutter dans le chaudron au fond duquel je me débats. À quoi bon remettre obstinément de l’essence et de l’huile dans une sublime mécanique qui pourtant se grippe ?

Et puis … Et puis en parcourant ma messagerie, j’ouvre un mail écrit par une inconnue atteinte prématurément d’une lourde pathologie. C’est un appel au secours. Sobre et touchant, il n’en est pas moins désespéré. Alors, mes doigts sur le clavier volent au secours de cette personne dont il me semble déjà effleurer la main.
C’est tout à fait ça ! La voilà donc, cette clé universelle : ne pas vivre pour soi et se dire qu’une existence, et peut-être la mienne, pourrait malgré tout être utile à quelqu’un.

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L’illustration de ce billet d’humeur par Didier Regard 

Avec mes yeux en diamant
Je suis le regardant
D’un monde éprouvant
Que j’ai séparé en instants

Entre plaisir et désespérant
Ma vie n’a plus qu’un tenant
Pour vivre l’instant
Qui est, soit noir, soit blanc blanc

Désolant…
Car je vois dans l’iris de mon étang
Languide et lent
Que je suis souffrant

Alors, je jette ma vie au temps
Pour rire dans l’ouragan
Qui est maintenant

Car, je suis vivant
Malgré ma rage dedans
Sans « dentiste » compétent

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