#NuitDebout et la Boîte de Pierre Rabhi


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Il y a du contre, beaucoup de contre, mais aussi du pour, vraiment du pour dans cette initiative « spontanée »… Pour alimenter ma réflexion, et sortir des polémiques stériles, j’ai recherché ce billet d’humeur écrit fin 2014.

À peine né, on cherche à s’élever, à se mettre debout. On apprend à marcher, et dès les premières foulées, on accélère. Plus on est jeune, plus on accélère. C’est naturel, notre réservoir est plein d’énergie. On ne se pose pas de questions, on avance. On regarde droit devant. On saute même allègrement les obstacles dressés en travers de notre chemin.
Dans cette course effrénée, nous jouons des coudes, nous traçons vers notre horizon sans prêter plus attention au monde qui nous entoure.
Nous sommes même persuadés que le ciel n’a pas de limite. Normal, à cet âge, nous sommes libres et nous sommes les rois du monde !
La maturité aidant, on se cherche souvent une direction … un sens. Le chemin devient plus sinueux. On s’assigne de nouveaux objectifs, on agit selon des valeurs, on se construit des repères.
Seront-ils suffisants pour nous permettre de garder l’équilibre, ou serons-nous à l’image de cette pièce qui roulait jusqu’alors sur la tranche et qui, prématurément en bout de course, hésite, zigzague et s’affale ?
Pile ou face ? Qu’importe, le résultat serait le même !
L’équilibre serait-il une construction virtuelle si fragile qu’il ne demanderait qu’à s’effondrer à la lueur des premières difficultés ? Décidément, non ! On s’accroche, et la roue continue de tourner.

Mais, plus on prend de l’âge, plus on ralentit. Et dans ce monde épris de modernité, nous comprenons souvent tardivement que le mouvement qu’il imprime est, sinon ravageur, pour le moins stressant. Inexorablement, immergés dans le flot des participants à cette course de la vie, nous nous faisons rattraper. Bientôt, nous sommes dépassés.
Les pas se font plus lourds. Et quand on marche de plus en plus lentement, que le chemin soit droit ou sinueux, demeurer debout devient compliqué. Un jour, il est temps de se rappeler que dans la course à la mort, il n’existe que des gagnants. Alors, il faut bien finir par tomber …
… Mais que la vie fut belle !

À moins que …
À moins que mes repères fussent des leurres, mes valeurs des placebos, mes objectifs des mirages. À moins que j’aie agi selon des codes, et que mes envies aient été conditionnées. À moins que j’aie vécu dans un cadre imposé, ou dans une cage, fusse t-elle dorée !
Face à ce soupçon, comment ne pas me souvenir de cette pensée du philosophe, Pierre Rabhi, selon laquelle l’itinéraire d’un être humain dans la modernité ressemble à un enfermement :
« De la Maternelle à l’Université, on est enfermé, on appelle cela un bahut … Même pour aller s’amuser, on sort en boîte. Et pour y aller, on prend sa caisse. Plus tard, on travaille dans des boîtes. Des petites, des moyennes ou des grandes boîtes. Puis, on rentre chez soi … une nouvelle boîte … Et bientôt, on nous change de boîte, pour nous installer dans celle où l’on stocke les vieux … Pour bien sûr finir, un peu plus tard, dans une dernière boîte !
Voilà pourquoi, on peut se poser la question : existe t-il une vie avant la mort ? Parce que si vivre, c’est subir une continuelle incarcération, jusqu’au moment où le système vous rejette et vous place dans un lieu de transition avant votre disparition … Cela veut dire quoi ?
La réponse est simple : Aliénation. Aliénation fondamentale de l’être humain. »

Fichtre ! Un raisonnement qui donne à réfléchir …

Et moi, dans quelles boîtes me suis-je donc fourré, de gré ou de force, depuis ma naissance ? Et pourquoi n’ai-je pas su, ou voulu, entrer en résistance lorsque j’en ai eu l’opportunité ? Sans compter que, à tous égards, des boîtes, j’en ai développées, … j’en ai même créées.
Et enfin, comme il est difficile de ne pas songer aux progrès de la technologie et à tous les efforts qui sont faits pour nous cataloguer et nous profiler. Dès la naissance, le monde numérique nous traque pour définir et anticiper nos besoins, établir nos habitudes, nos préférences, nos envies…
… Alors, à bien y penser, est-ce un si grand progrès que celui qui vise à analyser nos comportements, au point de nous placer dans des cases ?

*****

La ligne droite
C’est cela que je convoite
Être dans la boîte

Que l’on m’exploite
Et tout devient adéquat
Pour être dans le squat …

Dans ce corps moite
Des pensées maladroites
Je fais moite-moite

Je préfère la ouate
Plutôt que le kilowatt
Vivre l’ouvre-boîte !

*****

Découvrez les deux nouvelles publiées sur ce blog : « Clair de Lune » et « Amour, couleuvres et langoustes ». Vous pouvez y accéder en cliquant sur ce lien : « Nouvelles » ou encore sur la page d’accueil.
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***
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7 Commentaires

  1. Alléluia
    Depuis que tu as changé le format de ton blog, Pascal, je n’arrivais plus à laisser de commentaire, ni, pire, à aimer avec ces petites étoiles si mignonnes.
    Par la grâce de ce billet relatif à l’évolution de l’Homme, j’ai enfin retrouvé le chemin cybernétique adéquat. Certes, pour ce faire, j’ai du parcourir un marathon de mot de passe, mail de confirmation, et autres joyeusetés qui me font penser que nous sommes comme des rats de laboratoires, dans cet univers de la toile : notre seul degré de liberté est de renoncer.
    Voilà un bel exemple du « conditionnement » que tu évoques : je me sens plus léger maintenant que j’ai retrouvé la possibilité de te répéter par écrit, ce que tu sais déjà : j’aime ce que tu écris !

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    • Content que tu sois sorti de ta boîte !
      Attention tout de même, tes éloges vont finir par teinter définitivement de rose (voire de rouge) mes fonds d’écran.

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  2. Étrange… je me posai la même question cette semaine… beaucoup de réflexions dans ma boîte à suggestions et dans celle à penser… les boîtes s’accumulent dans nos vies, que ce soit pour tout ranger proprement, pour aligner nos idées… tout se range dans des boîtes que ce soient des trombones, des crayons ou un manuscrit qu’on envoie à l’éditeur… tout a sa boîte… même les guitare et les violons, le nouveau iPhone ou la magnifique tablette… la plume fontaine ou le nouveau mixer… puis on range nos chaussettes et bobettes dans des boîtes à roulettes appelées tiroirs… sans boîtes, c’est le chaos… et même enfants, on aime à se construire une maisonnette dans la giga boîte du nouveau frigo ou de la lessiveuse dans laquelle on découpe fenêtres et porte… on s’y enroule dans une couverture toute douce, on s’y sent confortable, protégé…

    Mais, quand on y pense bien… le ventre de maman était une boîte bien chaude et confortable… seraient-on conditionnés dès la conception à vivre en boîtes, dans qq chose qui nous entoure et nous protège? Notre terminologie de « boîtes » viendrait-elle du fait qu’on aimerait bien retrouver cette sécurité d’avant… d’avant notre entrée dans ce monde de fous? Sommes-nous dans une perpétuelle quête pour retrouver un sentiment de sécurité qui nous a été si brusquement et violemment arraché à la naissance? Hmmm… questions à mijoter…

    Moi aussi, j’aime bien vous lire, Pascal 🙂

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  3. Je n’ai pas toujours été très tendre avec ma maman, mais je n’ose pas imaginer sa tête si je la traitais de boîte… Mais une fois de plus, votre réflexion a beaucoup de sens. J’enrage de ne pas y avoir moi-même pensé !

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  4. Loin de moi de comparer les mamans à des boîtes looool mais avouez que la première demeure du fœtus ~ l’utérus ~ peut-être comparé à une sorte de boîte… une boîte de chair, une boîte vivante qui nous enveloppe, nous retient… puis, un jour, le « couvercle » s’ouvre et nous sommes violemment expulsés dans un monde d’extrêmes lumières, de bruits, de toucher sur notre peau tendre, d’odeurs, de manipulations agressives et de froid. Quel trauma que la naissance! Alors, serait-ce normal qu’inconsciemment nous recherchions à retrouver ce confort primaire et primal? Juste une question en passant…

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  5. Je trouve réellement judicieux, et l’image, et le raisonnement qui en découle. J’irais même un peu plus loin : pensez donc à ces millions de spermatozoïdes stockés dans des boîtes et qui n’en sortent que pour mourrir après une course effrénée … 🙂

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  6. En effet… hmmmm… notre monde commence à ressembler à ces poupées russes qui s’imbriquent l’une dans l’autre…

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