Humanité, Schizophrénie et Miséricorde


 2016

Misericordiosi  come il Padre (tirée de l’Evangile de Luc, 6,36)

Dans cette salle d’attente, plusieurs patients … patientent en silence.
Ni tension, ni animosité. Simplement de la souffrance et de la peur. Les regards tristes reflètent une certaine résignation. L’émotion est palpable. Au gré des minutes qui s’égrainent, des conversations attentives et emplies de compassion naissent à voix basses.
C’est évident, ici, la misère touche les cœurs.
Curieusement, aucune effluve désagréable ou persistante ne vient chatouiller mes narines.
Derrière un comptoir, deux assistantes s’affairent en jouant sur toutes sortes de claviers. Elles disparaissent régulièrement dans les entrailles de l’établissement, mais restent attentives à tous ceux qui poussent la porte d’entrée, et s’excusent même de devoir parfois faire patienter quelques courts instants les nouveaux arrivants.
Je suis étonné par la fréquence des appels téléphoniques. Pour chacun d’entre eux, il ne résonne jamais plus de trois sonneries avant que quelqu’un ne décroche. L’accueil est prévenant, la voix est douce et attentionnée, mais aussi ferme et professionnelle.
À peine quelques phrases et l’on ressent tout à la fois, l’affolement, l’angoisse et le désarroi, de la personne qui s’exprime à l’autre bout du fil.
Pas de rhume, de trachéite ou d’angine. Pas de demande de somnifères ou d’anxiolytiques, ni-même d’antidépresseurs. Pas de recherche d’un arrêt de travail de complaisance. Ici, on vient pour faire un rappel de vaccin, mais surtout pour des pathologies et des traumatismes sévères.
À chaque fois que la porte du fond s’entr’ouvre, je peux distinguer l’enfilade d’un couloir plongé dans la pénombre. Il distribue plusieurs autres pièces. Bureaux, lieux de stockage, salles d’examen ? Certainement tout ceci à la fois.
Malgré leur éloignement, il monte jusqu’à moi des bruits de conversations inintelligibles et des cris étouffés. Le silence se fait alors dans la salle où je me trouve. Nul besoin d’échanger des regards pour prendre la mesure du scénario qui se joue de l’autre côté du local.
Et puis, ce fut notre tour.
Prenant grand soin de Scali, le docteur et son assistante ont patiemment refait son pansement suite à l’amputation d’un doigt. Il ne crie pas sa douleur … Il ne peut pas crier miséricorde.

Les quelques minutes que j’ai passées dans cette salle d’attente m’ont profondément ému. J’y ai vécu un véritable moment d’humanité et de compassion. Mais elles ont aussi  fait surgir en moi des questions entêtantes : quel monde schizophrène se bâtit sous nos yeux ? L’Homme est-il si mauvais qu’on veut bien nous le décrire ? Sa nature se résume t-elle à l’étalage insensé de ses forfaitures ? ou bien …
Évidemment, nous vivons dans un monde où se côtoient cliniques vétérinaires, fermes d’élevage industriel et abattoirs barbares. Nous vivons dans un monde aux atroces cruautés, mais il est aussi capable d’admirables actions solidaires et humanitaires.
Alors nous pourrions réduire les hommes à des êtres qui, non contents de commettre envers eux-mêmes des actes ignobles, asservissent et pervertissent aussi les espèces animales et végétales, sans prendre conscience qu’agissant de la sorte, ils se tuent à petit feu. Mais ce serait manichéen. L’être humain est dual. Ce serait une erreur de le stigmatiser.
Voilà pourquoi, je ne baisse pas les bras. Bien au contraire. Jour après jour, cela m’encourage à tout faire pour ne pas contribuer à la construction du monde de noirceur que l’on tente de nous imposer.
Jour après jour, je m’entraîne à une sorte de marathon de la Miséricorde.

 

(*) Vous l’avez certainement deviné. Scali est l’un des animaux de compagnie de la famille, et l’une de ses facéties nous a conduit dans … une clinique vétérinaire.

*****

L’inspiration de Didier Regard

Tu vas chez le véto
Et tout cela te semble bien tôt

Pour découvrir dans le carnaval des animaux
« Le sens » me dit Camille

De tout ce qui est beau
Et où j’appartiens à la même famille

Par des actes humains
On soulage l’animal

Quand on croit toujours que c’est demain
C’est cela qui fait mal

Aujourd’hui, l’animal, comment te voit-il ?
Comme un prédateur sur une île ?

Tu accomplis l’acte de vie
Celui qui va assurer notre survie

Respirons cette compassion à pleins poumons
Sous notre constellation

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