Un voyage peut en cacher un autre


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« Quand on regarde quelqu’un, on n’en voit que la moitié »
Proverbe Artois

18°, il fait grand beau et j’imagine que les terrasses du Cours Mirabeau sont pleines à craquer.
Pour l’heure, je suis sur le quai de la gare de TGV.
Deux jeunes amoureux s’étreignent comme s’ils n’allaient plus jamais se revoir. Ils sont seuls au monde. Ils sont émouvants. Ils sont beaux. Cette année, le printemps a de l’avance.
Le train est annoncé dans les hauts parleurs.
Ni cohue, ni bousculade pour entrer dans le wagon. Les gens sont charmants.
Je me dirige vers mon siège. Je salue une dame déjà installée. Elle voyage avec une petite fille belle comme un cœur. Un ange blond, sur le berceau duquel on aurait pu jurer que trois bonnes fées s’étaient penchées. La dame me retourne mon bonjour, et une petite voix n’omet pas de m’accueillir également.
Je suis le seul occupant d’un carré en première classe. Quatre places pour moi tout seul, au prix d’un siège en seconde : le grand luxe ! Je retire mes chaussures et j’étends les jambes.
Décidément, le voyage s’annonce des plus agréables.

20 minutes plus tard, le train décélère ; il va entrer en gare d’Avignon.
La petite fille, déçue qu’il y ait encore un  arrêt, apparaît fort contrariée. À mon grand étonnement, elle houspille vertement sa grand-mère qui n’ose piper mot. La voix égrillarde, le vocabulaire, le ton, l’attitude, tout a transformé mon ange en peste.
Mais voici une ravissante lycéenne qui s’approche. Je la trouve fatiguée au point de lui accorder deux de tension. J’occuperais son siège. Je déménage, afin qu’elle puisse être près de la vitre et dans le bon sens. Avant même de s’installer, elle répond au diktat de son portable, tout en faisant profiter le wagon de la conversation. Sa teneur et sa forme me font alors mesurer combien je suis vieux.
Elle m’apostrophe et me demande quel est le prochain arrêt. Elle ne semble pas vraiment contrariée de s’être trompée de train, lorsque je lui confirme que celui-ci ne s’arrêtera pas à Valence. Deux échanges de texto plus tard, elle sombre dans les bras de Morphée.

En passant Lyon, nous rattrapons les nuages. La climatisation ne s’est pas encore adaptée à la baisse de température extérieure. Nous avons tous froid.
C’est le moment que choisit le diablotin pour activer le son du jeu de son iPad. Une musique kilométrée, des tchongs, des clings, mais aussi des hennissements, agrémentent désormais notre voyage.
Un contrôleur vérifie nos billets.
Notre dormeuse s’étire. Sa carte est périmée, elle n’a pas de réservation, mais elle ne sera pas verbalisée. Non, on ne verbalise pas la fille d’un collègue cheminot. On la prie seulement de bien vouloir se mettre en règle.

Après avoir désespérément tenté de vendre une sieste à sa petite fille, la Mamie troque sa tranquillité contre une partie enfiévrée, d’un jeu aux règles incertaines.
Nous y gagnons des bips, des bips, et encore des bips, qui viennent se mêler à la musique techno et nasillarde qui fuite des écouteurs de ma voisine.
Les extrémités de ses doigts ne devraient pas tarder à fumer tant elle textotte. Elle réussit plusieurs fois à bailler et à rire bruyamment, sous le regard atterré de la Mamie. « Il ne manquerait plus qu’elle rote ou qu’elle pète ! » pense assurément celle-ci très fort.

Et puis… Et puis, une question mitraillette trahit l’ennui de notre petit trublion : « Dis, c’est quand qu’on arrive ? »
Oh oui, me demandais-je aussi : c’est quand qu’on arrive ?

****

Ce devait être un voyage tranquille
Rêvant, seul sur ma petite île

Là, lancé tel un projectile
Doucement je baissais les cils

Dans ce wagon sans classe
Je m’endormais comme une masse

Mais voici que l’ange identifié
Ne peut plus être béatifié

Que la lycéenne, qui s’est trompée
N’est pas vraiment émancipée

Ils ont des vies sur le pouce
Aux grés des secousses

Mais, c’est peut-être que je rêve ???
Alors, D’une autre relève…

(Didier Regard)

*****

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