« Résistant » à la Croissance !


Durée de lecture : 3mn 15s

La plupart des économistes et des dirigeants politiques s’en sont persuadés, l’obésité de l’État ne joue qu’à la marge, c’est la reprise de la croissance qui marquera la fin de nos maux. Avec 1,5% par an de croissance en France, le chômage cessera de grimper. Mieux encore, il diminuera.
Alléluia ! Prions pour le retour de la Croissance !

Néanmoins, depuis des années les investissements sont à la peine, et l’on a pu constater que la croissance française est l’oeuvre de la consommation des ménages.
L’amélioration de notre économie est liée à l’effet de balancier entre la consommation et l’épargne. C’est l’éternelle histoire qu’illustre si bien la fable de Jean de La Fontaine, « la cigale et la fourmi ». Influencés par la crise économique, les catastrophes et la violence que nous distillent les médias, certains réagissent en épargnant, d’autres consomment avec une boulimie frénétique par peur ou insouciance du lendemain.

Mais alors, je m’interroge. La croissance pour qui, pour quoi ? Au détriment de qui, de quoi ? La croissance … mais quelle croissance au juste ?
Si mourir assis sur un tas d’or doit in fine apporter fort peu de satisfaction, la croissance par la relance de la consommation serait-elle en revanche source de bonheur ?
Un jour, un ami m’a demandé à partir de quel montant gagné, j’estimerais pouvoir m’arrêter de travailler. À combien estimais-je le montant nécessaire pour enfin profiter de la vie ? En quelque sorte, combien valait mon bonheur? (si tant est qu’on ne puisse le connaître dans l’instant présent… mais ceci fera sans doute l’objet d’un autre billet d’humeur).
J’avais donc à l’époque fait un savant calcul, afin de lui apporter une réponse honnête.
Il ne contre-argumenta, ni le bien-fondé de ce calcul, ni le montant annoncé. Il me répondit qu’il était absolument certain que le jour où j’atteindrais ce seuil fatidique, j’en aurais reculé la limite presque malgré moi au fil des années. Son argumentation était fort simple : le besoin crée le besoin. En somme, mon train de vie augmenterait inexorablement au fil des années, et chaque besoin satisfait engendrerait la recherche d’un autre.
Quel que soit notre niveau de départ, consciemment ou pas, c’est ainsi que nous participons à la course du « toujours plus » : un vélo, et puis une mobylette, un scooter, … une première voiture d’occasion, puis une autre flambant neuve, ensuite une plus grosse, une plus puissante, … la location d’un appartement ou d’une maison, devenir propriétaire, … et puis tous les appareils ménagers les plus modernes – la cafetière est insupportable, vivement une machine à expressos et à capuccinos – … une télévision à l’écran toujours plus large et plus plat, … un ordinateur toujours plus rapide et encore plus léger, …  une tablette et un Smartphone, … mais aussi une montre et des lunettes connectées, … La liste des biens de consommation ne fait que s’allonger et n’a pour limite que l’imagination des gourous mondiaux de la techno et du marketing.

La majeure partie d’entre nous participons ainsi, sans même plus nous en rendre compte, au «toujours plus», à l’éphémère et au jetable. Nous avons dépassé le simple stade de posséder, plus de biens matériels, plus chers ou plus luxueux. La fameuse phrase de Jacques Séguéla, « si à 50 ans, on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie ! », est largement périmée.
Par les temps qui courent, il s’agit tout simplement de posséder, pour posséder. Ce n’est plus « je pense, donc je suis » (déjà contestable), mais « je possède donc j’existe ! »
Ne pas savoir se servir de toutes les fonctionnalités d’un objet, ou n’en avoir pas besoin,  n’est même pas important. Il faut tout simplement l’avoir, pour espérer appartenir à telle ou telle communauté.
Mais à bien y réfléchir, le dernier objet connecté à la mode apporte t-il plus de bonheur qu’une journée passée entre amis autour d’un barbecue ou sur un terrain de boules ? Une après-midi de shopping est-elle plus satisfaisante qu’un moment de lecture ou qu’une partie de cartes avec des enfants ?
Des questions-réponses qui font apparaître aisément que retrouver une simplicité de vie n’implique pas forcément de faire des sacrifices et diminuer son bien-être. Peut-être même est-ce le contraire. Gageons qu’une simplicité retrouvée peut apporter moins de soucis et une meilleure qualité de vie.

Oui, mais voilà ! À quel moment, et comment, s’arrêter dans cette course en avant, cette addiction ?
À quel niveau matériel faut-il stopper les machines lorsque l’on a appris, dès l’enfance, à chercher à obtenir davantage que le nécessaire ?
Et comment prendre cette décision sous la pression d’une société où la majorité d’entre nous admire L’abbé Pierre ou Mère Térésa, tout en préférant ressembler à Angelina Jolie, Brad Pitt ou David Beckham ? Une société où l’on cherche à devenir puissant, riche, beau et célèbre, tandis que paradoxalement, nombreux sont ceux qui hurlent leurs valeurs humaines, au point parfois de défiler dans la rue … l’espace de deux ou trois heures.
Notre société occidentale post-moderne est matérialiste et individualiste. Elle induit une préoccupation malsaine née de la question, « c’est combien le bonheur ? », plutôt que, « en quoi pourrais-je considérer mener une vie heureuse ? ».

Des questions auxquelles il n’est décidément pas si simple de répondre.

Pour ma part, les aléas de la vie m’ont conduit à quitter la course. Néanmoins, orphelin et certainement encore nostalgique de ce mode de comportement, je recherchais hier encore un nouvel équilibre entre compétition et altruisme.
Mais cette semaine, j’ai décidé de m’offrir un luxe inestimable : plus de compromission, stop à la surconsommation !
Je vais me « contenter » de vivre correctement mais avec plus de simplicité, et sans pour cela faire de sacrifices supplémentaires à ceux que j’ai déjà dus concéder. Et puis, j’écarte définitivement les esprits nocifs, je joue la carte du bonheur dématérialisé et de la plénitude des sentiments. Enfin, parce que « rechercher le bonheur pour soi en restant indifférent aux autres est une erreur tragique » (Matthieu Ricard), je fais cap sur la coopération raisonnée !

Rassurez-vous, je ne brigue pas une place au Panthéon, mais je me déclare résolument « Résistant » à la Croissance !

« Vivre, c’est être utile aux autres » Sénèque.

*****  

L’âge de l’abcès        
Serait-ce le seul accès ?
Ce que je visais ? 

Regorgeant de biens 
Accumulant toujours rien …   
Comme un collégien        

Toujours l’ambiance …
« C’est bon pour ta croissance »
« Pas de carences » …

C’est autre chose
Qui, en terme se pose
Mais, j’ai ma dose

Donner son bonheur !
Voici qui a un sens 
Devenir : « Donneur »

Pas un acheteur
« Combien pour ma demeure » ? 
Une … Ex-Croissance !!!

Découvrez toutes les illustrations poétiques de Didier Regard

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2 Commentaires

  1. Complètement d’accord avec toi… Je n’ai jamais été une grande consommatrice (je n’ai même pas de téléphone intelligent), j’achète seulement ce dont j’ai besoin en évitant de me faire piéger par les idées extérieures et surtout par la comparaison. Depuis l’installation en Charente, je consomme de moins en moins… et je m’en porte que mieux ! Vivement la décroissance !

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