La Magicienne


Les locaux luisent de propreté mais me semblent désespérément gris. Gris au point de penser que, à l’instant précis où les pinceaux s’irisent, les peintres ont bêtement oublié leurs tubes de couleurs, ou pire encore, qu’un malfaisant leur a interdit de siffler. On me dit que je me trompe, que si je levais les yeux comme tout le monde, je verrais de merveilleux tons pastel. Sans doute, mais pour marcher sans risquer de tomber, je dois regarder mes pieds. Et je ne me trompe pas, le lino qui recouvre le sol est bien gris.
Je progresse au cœur du service, et nul besoin de passer une tête indiscrète dans chacune des chambres distribuées par ce si long couloir, pour savoir s’il s’agit d’un jour avec ou d’un jour sans. C’est certain ! Pour les pensionnaires d’un jour, quel que soit le jour de la semaine, du mois et même de l’année, ce n’est pas jour de fête.

J’aperçois les petites abeilles revêtues de blouses immaculées qui butinent d’un patient à l’autre. Elles tourbillonnent et s’activent. Elles tentent d’adoucir de leur nectar le liquide des perfusions translucides.
Il en est des sérieuses, des douces et des discrètes ; il en est qui plaisante, qui réconforte, et qui rassure ; toutes sont « aux petits soins ». Mais Elle…, comment dire…, Elle est rare.

Je me suis donc dit qu’il fallait absolument que j’en témoigne, car au 3è étage, personne n’échappe à son tour de magie. Oui, Mesdames et Messieurs: un tour de magie exceptionnel et sans trucage !
Les nouveaux venus pourraient le croire, mais non ! Pas le moindre subterfuge.
D’ailleurs, nous les connaissons tous, n’est-ce pas ? Éventé, celui de la boulangerie industrielle qui fait planer une odeur artificielle de croissants chauds, pour mieux nous aider à dévaliser le rayon des viennoiseries ;  dissipé, celui de la vaporisation de fragrances dans la climatisation du magasin, pour nous convaincre d’acheter le dernier parfum à la mode ; rebattu, celui de la diffusion d’oxygène au-dessus de notre tête, pour nous maintenir envouté par les charmes d’un vulgaire bandit manchot. Rien, vous  dis-je. Rien de tout cela ! Je vous l’assure, les habitués savent bien que les lieux ne sont pas sonorisés.
Et pourtant, il est impossible de ne pas succomber à l’emprise de cette magicienne, et plus exactement, à son rire.
Mais attention, pas de méprise ! Ce n’est pas un de ces rires faciles et communicatifs agissant comme une sorte de gaz hilarant. C’est.., comment vous le décrire ? … C’est un rire spécial : plusieurs notes exclamatives, aiguës mais pas stridentes, légères et gutturales à la fois, sans arrière-pensées ni retenue, et qui pourraient ébouriffer les chevelures les plus fraîchement « permanentées ».
Le résultat ? Un coup de baguette magique qui illumine tous les visages, qui donne le sourire aux plus ténébreux, qui va jusqu’à rendre aimable les plus grincheux, et qui fait regarder son voisin de chambre avec gentillesse et complicité.

Des associations à but non lucratif et des associations d’utilité publique, j’en connais des tas. Des associations pour la défense de causes improbables, j’en connais aussi beaucoup. Des bénévoles qui donnent un peu de leur temps pour faire rire les enfants dans les hôpitaux, j’en connais un peu. Mais Elle, c’est différend : Elle est une association à but «convivial et anti déprime» à elle toute seule !

***

Mon billet d’humeur : c’est un clin d’oeil, une brève de comptoir, une réflexion captée dans l’instant. Vous avez aimé ? Alors partagez-le, et incitez vos amis à s’inscrire sur https://launayblog.com/, et ne ratez pas celui de la semaine prochaine !

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4 Commentaires

  1. ALLARD KOROLEV

     /  28 août 2013

    Que c’est joliment dit.
    Pour le lino, un peu de confettis dans la poche à disséminer de ci de là, et hop ! comme par magie, il ne sera plus gris. En revanche les fées de l’étage auront peut être moins le sourire….mais la fée principale éclatera certainement de rire…

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  2. Isabelle

     /  28 août 2013

    Coup de chapeau !
    Ponctue d’un sourire au récit de ce rire de magicienne …
    Ponctue d’un soulèvement de sourcil a l’évocation du couloir , des abeilles …
    Légere , par petites touches sur fond de douleur a peine évoquée, les mots dispersent a l’égal du rire un voile de magie sur un monde ou la couleur est estompée !
    Bravo magicien !

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  3. Lise

     /  30 août 2013

    oui joliment dit
    j’espère que la magicienne se reconnaîtra.
    courage pour le reste

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