Les petites mains et les gros bras d’antan


Ces trente dernières années ont vu disparaître tant de choses qu’il me semble futile et présomptueux de prétendre pouvoir les citer toutes. Pas un fondement de notre société n’a été épargné, si bien qu’un style de vie en a remplacé un autre.
Des pans entiers d’une économie occidentale d’après guerre se sont effondrés au profit d’un autre monde, plus moderne, et somme, toute ni meilleur ni pire. Simplement différend. Les générations se succèdent, des valeurs fondent comme le fond nos icebergs, les nouvelles technologies galopent, et les hommes trottinent vaille que vaille.

Un autre monde se façonne sous nos yeux.
Sans nostalgie aucune, j’observe ce qui dans bien peu de temps aura disparu de nos mémoires.
On lutte volontiers pour que des génocides ne soient pas oubliées, on s’accroche à des acquis hérités d’un passé dépassé comme des moules à leur rocher, mais qui se mobilise pour des grands-parents témoins d’un temps que les moins de 30 ans ne peuvent même pas imaginer ? Serait-ce déjà de l’histoire ancienne absente de des livres d’histoires de nos enfants ? Les pauvres, ils ont tellement de choses à tenter d’assimiler quant à leur présent !

Je me souviens de mes débuts dans l’industrie textile.
Je me souviens des grandes salles où des femmes et des hommes filaient du coton en inhalant la poussière, et qui crachaient discrètement un liquide rosâtre dans leur mouchoir. Je me souviens du bruit assourdissant des métiers à tisser conduits par des hommes sans protection acoustique. Je me souviens de ces rangées de machines à coudre animées par des mains expertes et déformées.

Après avoir connu la recherche de productivité, physique, mécanique, électronique, et enfin automatiques, après avoir connu les brimades corporelles, les chronomètres, et les milieux de mois difficiles, les ouvriers et les ouvrières sont sagement rentrés chez eux en se satisfaisant du peu qu’ils avaient.
Oh, il y a bien eu quelques grandes grèves. Des grèves qui n’ont rien à voir avec celles d’aujourd’hui. Des grèves parce qu’il fallait bien gagner 2 sous de plus, et grappiller quelques avantages sociaux.
Mais une à une, les machines se sont tues. Une à une, les usines ont fermé pour déménager dans des pays exotiques. On a bien entendu parler de certains, lors d’un fier baroud d’honneur, et puis plus rien.
Ils appartiennent à une génération qui en a traversé aventures et mésaventures, que l’on prend volontiers pour insoutenable aujourd’hui. Mais ils ne sont pas d’un caractère à se plaindre. Ils ont aimé la vie qu’ils ont menée. Ils en parlent peu, mais lorsqu’ils ont l’opportunité de le faire, c’est de bonne grâce, et sans amertume.

Bientôt, sur la pointe des pieds, ils auront disparu. En silence.
Alors, si vous avez la chance d’en connaître, dépêchez-vous d’aller rencontrer les cousettes qui coiffaient volontiers Sainte Catherine ! Dépêchez-vous d’aller parler aux Gueules noires qui descendaient au fond de la mine ! Je peux en jurer, ce sont très souvent des témoins intarissables et à la valeur humaine inestimable.

*****

Cette semaine, Didier Regard rend hommage à « une petite main », et se souvient d’une conversation avec une « Gueule noire » !

Les petites mains

Sous les toits mansardés
Laborieuses, elles vont opérer

Pour sortir des robes de princesses
Qui vont serrer les fesses

Elles joueront aux dés
En perdant leurs idées

Sous une despote chef d’atelier
Elles connaissent leurs patrons
Comme une dentelle brodée
Dans des lames de fond

Elles ont tout touché
Des soieries fines égarées
Aux tulles boursouflées

Elles unissent leurs cœurs
Pour créer la nef du sauveur

Avec leurs mains abîmées
Par des gestes obstinés

Elles savent dans leurs pleurs
Que toutes les fleurs
Reviendront au créateur
Qui oubliera leurs saveurs

 

Le noir est blanc

Sous terre
J’apprivoisais la silicose
Dont je connaissais la cause

Sous terre
Je fuyais le coron
Et ma femme tronc

Sous terre
Je poussais mon wagonnet
Dégueulant de ses mets

Sous terre
Je vivais l’organique
Dans la peur panique

Sous terre
Dans l’éclairage blafard
Ma lampe était un phare

Sur terre
Pour rien au monde
Je renoncerai à ses secondes

Découvrez les poèmes de Didier Regard et aussi ses tercets

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