Le CHOC !


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Fraîchement débarqué Gare du Nord, et alors que je me dirige vers la sortie, ce ne sont pas moins de cinq personnes qui m’abordent à la faveur d’un seul mot : Taxi ! Malgré mes cheveux gris, j’ai l’impression tout à coup d’être pris pour le dernier perdreau de l’année.

À l’extérieur, un nombre hallucinant de gens arborant des oreillettes plus ou moins discrètes arpentent les trottoirs en parlant seuls, insensibles à ce qui les alentours. D’autres ont les yeux fixés sur leur Smartphone. Ils marchent à l’instinct et comme téléguidés par une force invisible. Peu à peu, j’apprends au fil des mètres à éviter les bousculades et les coups de coude. Je me reconnecte avec un rythme, des bruits, des odeurs, … une ambiance si particulière que j’avais pourtant oubliée.
Et oui, cela fait un an que je n’ai pas mis les pieds dans la capitale, et à ce moment là, je suis persuadé de la découvrir telle que je l’ai quittée.
Dans le taxi qui me conduit à la rencontre d’un ami de 25 ans, je souris en écoutant le nombre impressionnant d’idioties que le chauffeur m’assène tout au long du trajet. Ça aussi, cela n’a pas changé ! Sur fond d’un monologue ayant pour objet « Uber » et les « VTC », le pauvre homme démontre combien il est bourré de préjugés et gangrené de contre-vérités. Mais comment lui en vouloir lorsqu’il enchaîne sur le thème d’un état qui prétend vouloir se mêler de tout et qui légifère à tour de bras, et pourtant incapable, sinon d’accompagner une certaine évolution de la société, tout au moins de se faire respecter.

Vendredi, 20h00.
Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas eu l’occasion de marcher dans les rues de Paris. Il fait presque doux. Plus exactement, je suis bien couvert. Les petites ruelles que je traverse sont presque désertes. Je finis par déboucher sur le boulevard Sébastopol que je remonte vers la Tour Saint Jacques.
D’un seul coup, une nouvelle réalité s’impose à mes yeux de provincial. Sur les larges trottoirs, je découvre pêle-mêle les sans-abris « traditionnels », des personnes étrangères et puis des familles toute entières qui s’installent pour la nuit. Ou plutôt, non ! Des familles qui semblent avoir élu domicile depuis trop longtemps dans les coins et recoins que leur aménagent les façades des immeubles. Une mère sermonne son petit qui fait un caprice. Mon cœur se serre à la vue de ses enfants emmitouflés sous de mauvais duvets. Des proches m’en avaient parlé, mais à présent c’est différent. Je les ai sous les yeux.
Mais voilà que, déjà, je plonge dans les rues exiguës du Marais. Elles sont bordées de minuscules bars et de restaurants branchés qui dégueulent de clients sur le pavé. J’ai du mal à me frayer un passage, au point de devoir slalomer entre Margaritas, bocks de bière et verres de vin chaud.
Je suis halluciné par cet autre monde qui côtoie dans la plus grande normalité celui des « sans dents ».
La rue est sale, la rue est bruyante, et je la hante, partagé entre effarement et révolte. J’ai surtout honte. Honte de ce que je suis, de ce que je représente … honte de la vie que je mène. Comme pour mieux me rassurer, je me dis que je l’ai gagnée et même très chèrement gagnée. Mais …
Les conversations et les rires se sont à peine estompés que je passe devant une femme âgée, bien mise au premier regard. Elle est pourtant cernée de sacs qui ne trompent pas sur sa véritable condition. Sans agressivité, dans un français impeccable et à l’aide de phrases bien tournées, elle ose demander une pièce, un ticket de métro, un ticket-restaurant, et même un timbre… Je cherche quelques pièces de monnaie, et, sans même penser à mon portefeuille, j’ai presqu’envie de me mettre à courir en découvrant le vide de mes poches. Tout en m’éloignant, je me souviens de mon billet d’humeur de la semaine dernière. Je me rends une nouvelle fois compte que, quoique l’on fasse par ailleurs, quelle que soit la cause que l’on s’attache à soutenir, quelles que soient les belles tirades ou les bons sentiments, cela n’a rien à voir avec le geste d’aider concrètement, sans filtre et sans fard, une personne qui se tient devant soi.

J’arrive enfin à destination. En état de choc, il me faudra du temps avant de pouvoir ouvrir le menu que la serveuse de ce petit restaurant italien m’a très gentiment remis. Heureusement, ma fille aînée ne tarde pas à me rejoindre.

Si nous avons passé une très agréable soirée et un moment trop rare d’intimité, je ne peux pas dire qu’il en fut de même pour ma nuit. Et le lendemain, dans le train qui me ramenait sur Aix, est-ce vraiment utile de vous préciser que je n’avais toujours pas digéré mon repas ? J’avais encore la nausée, et mes maux de tête n’avaient rien à voir avec la flûte de « Prosecco » que j’avais bue la veille.

*****

Et toujours, l’inspiration de Didier Regard

Je ne voyais plus les « sans dents »
Ils seront peut-être mes descendants
Pourtant j’avais pas d’antécédents
Mais, là, c’est évident

Déjà un an que je suis venu
Dans ce PARIS et ses grandes avenues
J’ai l’impression d’être un détenu
Qui s’est évadé et qui fait face à un nouvel inconnu

Je dois avoir le neurone rebelle
Cette cité si belle
A acquis un nouveau label
De nouvelle Babel …..

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