Don d’Organes


Durée de lecture : 3mn 36s

Une méconnaissance des textes déjà existants, une manipulation des chiffres, un simulacre de débat humaniste, et au bout du compte, une loi inapplicable sur laquelle nos chers députés se sont penchés, sous influence, et en sous-estimant la réalité de la vraie vie.

Beaucoup d’entre nous, mais aussi ceux qui s’érigent aujourd’hui avec véhémence contre le nouveau texte voté vendredi dernier à l’assemblée nationale n’en ont pas connaissance, et pourtant le principe du « consentement présumé » existe depuis 1976.
Le consentement au don d’organes est présumé chez toute personne majeure décédée qui n’a pas expressément fait mention sur un registre national de son refus d’être donneur d’organes à sa mort. Cependant, il est demandé à la famille si le défunt n’aurait pas fait mention de son désaccord. Ainsi, il suffit d’une seule personne appartenant à la famille pour que le don d’organe soit rendu impossible.
Que vient donc changer ce nouveau texte applicable en 2018 ?
1/ Le registre national des refus ne sera plus le seul support. Il devient le « principal » support, et non plus l’« exclusif ».
2/ La famille ne sera plus « consultée » mais « informée des prélèvements envisagés et de leur finalité », de telle sorte qu’elle ne puisse plus refuser le don d’organes.

En fait, soyons sincères : il s’agit de se passer de l’avis des familles pour augmenter la possibilité d’effectuer des greffes.
Plus exactement, et avec toute l’élégance à laquelle les hommes politiques nous ont habitué : « rien n’est retiré à la famille si ce n’est son droit à mentir » (J.L. Touraine).
Mais dans la vraie vie, je vous demande d’imaginer un instant le médecin chargé « d’informer » une famille radicalement opposée à la chose. Croyez-vous vraiment que l’équipe médicale passera outre?
On a donc inséré un amendement faisant état, avant le don, de la création d’un « entretien approfondi et consensuel » avec les proches des défunts. Les conditions du dialogue devant être fixées par le Conseil d’État … en 2017. Autant souhaiter d’avance, bon courage, au Conseil d’État, et surtout, au membre de l’équipe médicale qui s’y collera !
Et puis, on a fait parler les chiffres pour souligner le comportement scandaleux des familles ! Alors qu’en pratique 34% d’entre elles émettent un refus, un sondage démontre que 80% des français sont favorables au don d’organes. Je ne m’étendrai pas sur la valeur des pourcentages et des sondages … Juste une réflexion : on sait aussi que 80% des français trouvent qu’il est urgent de réformer la France, et de changer les choses … pourvu que les changements frappent plutôt… les autres.
On s’appuie également sur une hypothèse : les 19.000 personnes malades à ce jour, devant bénéficier en urgence d’un don d’organe, devraient en toute logique être favorables à faire elles-mêmes un don d’organes. Démagogie, cynisme, spéculation …, je vous laisse choisir.

Au moment du vote dans l’hémicycle – où 80 députés sur 577 siégeaient -, le triste débat humaniste a oscillé entre « nationalisation des corps » et « négation de la personnalité et de la mémoire du défunt » pour les uns, et acquisition d’un nouveau droit de l’Homme pour les autres ; un nouveau droit consistant à disposer de son corps, de son vivant et après sa mort. Il s’agirait même de soulager les familles anéanties par la douleur, et aussi d’éviter qu’elles s’entredéchirent devant la dépouille de leur cher défunt.

Finalement, depuis 1976, à quelques ajustements près, « Qui ne dit mot consent ! », voici donc le raisonnement.
Cette maxime populaire me parait fort mal appropriée. Je trouve qu’elle porte en elle les ferments d’une négativité destructrice d’humanité.
Pourquoi ne pas plutôt réfléchir à la mise en place d’un dispositif simple dans une approche positive ? Il existe tant de fichiers informatisés sur lesquels sont répertoriées les listes, de nos envies, de nos achats, … , des éléments de notre dossier médical. Alors, une carte vitale biométrique portant nos empreintes digitales, (ce qui anéantirait bon nombre des trafics en tout genre), et sur laquelle pourrait être porté notre choix, est-ce plus compliqué à créer qu’un registre inconnu ou un passeport biométrique ?

Mais à la réflexion, le support où l’information pourrait figurer est-il le coeur de la résolution du problème ?
Une grande campagne de communication révélant l’existence d’un registre, ou l’importance de cocher une croix du dossier contenu dans la carte vitale, suffira t-elle pour que chaque personne prenne en conscience une décision ? À quelle fréquence faudrait t-elle la renouveler ? Comment sera posée la question aux mineurs devenus adultes ? À quel moment pourra t-on considérer que chacun est en pleine possession de ses moyens intellectuels pour adopter une décision ou en changer ?
Croyez-vous vraiment qu’une loi puisse répondre à ces questions ?
Et puis, et si cette question se posait à vous, demain ? S’il vous arrivait le malheur de perdre un proche ? Etes-vous certains de réagir, avec froideur, conformément à un grand principe auquel vous croyiez tant la veille encore ?
Pour illustrer ces interrogations, un texte de JJ Goldman me vient à l’esprit :
 » On saura jamais c’qu’on a vraiment dans nos ventres
Caché derrière nos apparences
L’âme d’un brave ou d’un complice ou d’un bourreau?
Ou le pire ou le plus beau ?
Serions-nous de ceux qui résistent ou bien les moutons d’un troupeau
S’il fallait plus que des mots ? »
Et dans un tout autre registre, on peut également s’interroger sur la peine de mort : je suis contre la peine de mort, considérant que la prison à perpétuité est plus terrible que la mort. Il se trouve aujourd’hui que la perpétuité n’existe plus… Mais je suis humaniste, et je soutiens le raisonnement qu’un meurtrier peut connaître la rédemption, s’amender et devenir meilleur. … Ou encore, je suis chrétien, ma foi m’enseigne le pardon…. ou … ou … Mais voilà ! Serais-je encore contre la peine de mort si quelqu’un venait à assassiner de sang-froid l’un de mes petits-enfants ?

Alors vous me direz que, précisément, c’est pour cela qu’il existe une loi ayant aboli la peine de mort en France. C’est une question d’éthique. Parce que les êtres humains ne sont pas constants et que les émotions peuvent prendre le pas sur leurs réactions…. « Parce que c’est au pied du mur que l’on voit le maçon ! ».

Je sais tout cela. Mais je m’interroge. Est-ce ainsi qu’une société moderne doit se construire ? Est-ce par une loi, qui plus est une loi par défaut, que l’on peut obtenir un véritable don de soi, un acte d’humanité et d’amour ?

*****

Erreur érigée
Consentement présumé
Arrête d’enfumer !!

Au numérique
Où est l’ésotérique ?
Pas assez de fric !!

Encore une fois
Laissez-moi l’ultime choix
Qui change tous les mois

Soyez avant-gardiste
Pas de simple juriste
Des Organistes

Devant votre orgue
Ravalant votre morgue
J’suis pas un cyborg

 Découvrez la suite de l’illustration poétique de Didier REGARD

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