Une Envie d’Authenticité


C’est bien connu, la météo influe fortement sur notre moral.
Alors quand il fait beau et si doux, que les oiseaux gazouillent gentiment sous les fenêtres, que les écureuils virevoltent avec insouciance, que les bourgeons explosent, et que les arbres, après nous avoir émerveillés des couleurs revanchardes du gris de l’hiver, nous laissent entrevoir leurs velléités d’offrir sans retenue leurs fruits, il nous passe par l’esprit toute sorte de choses. C’est bien normal, c’est l’explosion du printemps !

Depuis quelques jours, j’avais comme une furieuse envie. Que dis-je, une obsession : il me tardait de me promener dans les allées bigarrées d’un marché provençal !

Marché provençal

Et pourquoi m’en serais-je privé puisque j’habite précisément en Provence ? L’époque est idéale, le timing parfait. Jugez-en plutôt :
Le soleil est radieux et il fait 19° dès 10 heures du matin ; les candidats aux élections municipales ont déserté ces hauts lieux de rencontre avec leurs futurs administrés ; les touristes sont encore en petit nombre et les résidences secondaires ne sont pas encore habitées ; et puis il ne faut pas tarder, car les cloches pascales sont déjà prêtes à sonner tandis que les traditionnels ponts du mois de mai accourent à toutes enjambées.

Il fut un temps où je serais allé en ville – enfin sur Aix, si vous préférez – mais hier, j’avais envie de l’authenticité d’un véritable village provençal. Ce samedi matin, j’ai donc décidé de me rendre dans ma charmante cité venelloise qui offre chaque semaine un grand marché, à une poignée de minutes de la maison.
D’avance mon imagination m’avait transporté au beau milieu d’une foule d’habitués aux accents chantants et au verbe gouleyant. J’imaginais les étals des producteurs locaux : petites têtes de choux-fleurs et de Bruxelles, tendres haricots verts, plats et cocos, fagots de jeunes carottes et petits pois, bébés courgettes et petits violets, pommes de terre nouvelles.., en somme, l’orchestre des petits légumes printaniers au grand complet.
Peut-être aurais-je également la chance de surprendre une timide sortie des premières fraises de Carpentras ou de quelques gariguettes échappées de leur serre.

Fraises

 Je me voyais déjà suivre en douce les dames âgées car, comme tout néophyte le sait, ce sont des sherpas idéaux pour dénicher au milieu des offres diverses le meilleur du meilleur, la crème de la crème… J’en salivais déjà.

Dès potron-minet – pour être tout à fait honnête, à 11 heures passées – je traverse donc plein d’allant la modeste place de la Mairie. C’est alors que, mû par un mauvais pressentiment, plus je progresse vers le haut de l’escalier qui surplombe le marché, plus mon enthousiasme fond au soleil comme neige au printemps… Les mauvais signes s’accumulent…
Campés autour de 3 cubis de rouge, un verre en plastique blanc en main, ce sont tout d’abord quelques colistiers naufragés des dernières élections qui devisent entre eux, sans même accorder un regard à ceux dont ils jalousaient les voix, il y a peu. Puis, à mes pieds, je découvre des allées rehaussées de parasols défraîchis et adossés pour la plupart à des camionnettes à tiroirs. Lorsque je pénètre enfin dans le périmètre de mon obsession, je reste stupéfait, envahi par un horrible sentiment d’incompréhension.
Au 1er plan, je découvre dans un alignement parfait un rôtisseur (tout poulet), un vendeur de paella (faussement espagnol), et une cuisinière asiatique (aux nems et beignets saturés). Fuyant les odeurs, je fais quelques pas tout en scrutant machinalement l’horizon. Hélas, mon regard est barré par un mur de matelas et de fripes en suspension. Je tourne la tête et un homme au sourire avenant me tend des gris-gris africains.
Mon rêve d’authenticité vient d’en prendre un coup !
Et puis, et puis je les aperçois. Nichés au cœur de l’esplanade, je les voie enfin, les marchands de primeurs tant désirés ! Oh, ils ne sont pas légion : tout juste deux. Je me jette quasiment dans les bras de mon jeune voisin maraîcher. C’est idiot, mais je me sens tout d’un coup comme régénéré.
Quelques échanges plus tard, une odeur de marée chatouille mes narines…

Bâteaux

Très bonne idée ! La mer est à moins de trois quarts d’heure, autant en profiter.
J’avise un, deux et même trois poissonniers, mais bientôt mes sourcils froncent à la découverte du contenu des cagettes en polystyrène : ni pageots ou petites dorades roses, ni sars ou pagres, pas une sardine, et encore moins de poissons de roche. Non ! Du bar d’élevage, des darnes de saumon de Norvège, du flétan, et lorsque mon regard se pose sur des crevettes roses du Mozambique, je me dis que je me suis certainement levé trop tard pour que les poissons de la grande bleue frétillent dans mes ustensiles de cuisine.
Sur ce, des couleurs évocatrices et rassurantes, attirent mon attention. Cela tombe bien, j’ai également besoin de quelques fruits. Oranges d’Espagne, kiwis d’Australie, pamplemousses d’Israël, tomates calibrées identiques à celles des supermarchés… C’en est trop, je n’ai définitivement pas choisi le bon marché ! À moins que … Excès d’optimisme et de précocité … La saison ne soit finalement pas si avancée. Quoiqu’il en soit, il est temps de s’en aller.
Je passe, indifférent, devant les grands saladiers d’olives fraîchement transvasées de grands pots en plastique à l’étiquetage industriel, et je butte derrière une toute petite dame en grande conversation, et à la gestuelle étonnamment vive, avec un papy à l’accent fort prononcé. Devant une table portée par deux tréteaux et recouverte d’une toile cirée, ils attendent tous deux d’être servis. Tout d’abord surpris, je me déhanche…, et moi aussi je prends la file, tout en espérant que l’étalage de cet artisan ne soit pas dévalisé avant que mon tour n’arrive.

Aujourd’hui, j’ai dégusté des petits légumes sortis de terre tout près de chez moi, et des fromages de chèvre descendus ce matin de l’arrière pays provençal.

Petits légumes

 

Fromages de chèvre

N’ai-je pas une chance inouïe ?

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1 commentaire

  1. ALLARDKOROLEV

     /  13 avril 2014

    Il est quand même très doux de sentir l’as pluie, pauvre pluie, qui se voit à dossier de tous les maux alors que sans elle nous ne sentirions pas notre douce terre, les parfums de l’humus, de la boue,
    Nous ne verrions pas jaillir du sol ces germes de vie.
    Certes parfois elle nous ennuie, mais sans elle pas de vie.

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