Grenoble, territoire expérimental de dépénalisation pour consommation de cannabis ?!


Le procureur de la République de Grenoble n’a « jamais vu une ville aussi pourrie et gangrenée par le trafic de drogue » !
Une idée géniale a donc germé dans son esprit et dans ce celui de bien d’autres bien-pensants : pourquoi ne pas faire de cette ville un territoire d’expérimentation ? Une sorte de zone franche où la consommation de cannabis serait dépénalisée, et en vente libre pour usage personnel (vous savez, la fameuse idée de la consommation récréative). Cannabis et alcool, même tarif : voilà qui sonnerait agréablement aux oreilles des bien-pensants progressistes !
Les tenants de cette initiative espèrent ainsi couper l’herbe sous le pied, si je peux m’exprimer ainsi, aux gangs qui autogèrent d’importants quartiers grenoblois, et où le cannabis est déjà de fait en vente libre.
Les arguments sont clairvoyants : le marché noir n’existerait plus ; on assisterait à la disparition des règlements de comptes ; la police et la justice pourraient se concentrer sur d’autres missions ; la qualité du cannabis serait bien meilleure (puisque contrôlée – et taxée – par l’État) ; vendu par les buralistes, ceux-ci retrouveraient du même coup des marges intéressantes ; mais non, esprits chagrins que vous êtes, personne d’autre que les grenoblois, ni-même les mineurs n’auraient accès à la république (en marche) du cannabis libre ; … ; bref, au pays de « Oui-Oui » tout le monde il est gentil !
Néanmoins, des voix indignées s’élèvent, jugeant au contraire que l’on n’en a pas fait assez pour faire respecter la loi. Les arguments fusent comme les pétards (hihihi !) le jour du 14 juillet : tous les moyens nécessaires pour lutter contre ce phénomène qui enclave durablement nos quartiers n’ont pas été engagés » ; il faut multiplier les caméras de surveillance ; les polices municipales doivent être armée, et tiens, l’armée devrait investir les quartiers ; … ; bref, le système coercitif est loin d’avoir été épuisé.

Devant de telles postures antagonistes, le débat risque de rester stérile bien longtemps encore. En attendant, on ne se préoccupe que très peu de la prévention de la consommation des mineurs, du taux de THC (principale molécule active du cannabis), du problème de la délinquance liée à la mafia, du travail et des revenus de substitution qu’il faudrait trouver à bon nombre de jeunes hommes qui vivent du trafic (le RSA leur suffira-t-il ?), … ; bref, les véritables enjeux qui ne s’arrêtent pas à l’instauration d’une loi de dépénalisation ou de légalisation risquent bien d’être escamotés. Oh, il existe bien dans certains collèges et lycées des intervenants qui s’époumonent devant nos jeunes en présentant les dangers de l’alcool et de la drogue. L’effort est louable, mais l’auditoire reste avant tout goguenard, et les résultats sont malheureusement peu probants.

Pourtant, quelle que soit notre sensibilité sur le sujet, il faut bien admettre que le cadre législatif actuel ne fonctionne pas. La France caracole en tête des pays les plus consommateurs de cannabis.
En 2014, 17 millions de personnes disaient avoir déjà pris du cannabis dans leur vie, 700.000 en consommeraient quotidiennement. Car ne l’oublions pas, le cannabis est une économie de marché. Si l’offre est foisonnante, c’est que la demande est forte !
Il y a bien 180.000 interpellations par an, mais à bien analyser ce chiffre, on se rend compte que la pénalisation de la consommation de cannabis n’est qu’une façade. En effet, sur la totalité de ces interpellations, 160.000 donnent lieu à une réprimande ou à une petite amende ; 18.000 débouchent sur des amendes un peu plus lourdes ; 2.000 peines de prison sont prononcées, et une centaine sont réellement effectuées. Autant dire donc que l’on cherche déjà à punir les dealers, et que l’on n’est pas très loin dans les faits des modifications les plus audacieuses actuellement imaginées par le plus haut responsable de l’État, et qui devrait voir le jour à la rentrée. L’idée serait de sanctionner sur-le-champ par une amende de 100 euros environ « l’usage de stupéfiant ». Une amende jugée « plus dissuasive et efficace qu’une réponse pénale plus tardive et théorique ».

Cependant, tout considération mise à part, gare aux cotes de popularité ! car le sujet est hautement politique.
Depuis 1970, on en parle, sans qu’aucun gouvernement ne se soit risqué à prendre toute initiative. Car en France, tout changement hautement politique emprunte un chemin immuable et que chacun ne connaît que trop bien : lancement d’une large réflexion et d’une concertation sur le sujet, création d’une commission, remise d’un rapport, préparation d’une loi qui attendra des décrets d’application, pour une mise en œuvre … un jour prochain.
Si la législation en la matière ne devrait pas me laisser gagner par l’ironie, je dois tout de même confesser que j’attends avec une curiosité certaine de voir s’asseoir autour d’une table les représentants des consommateurs, des gangs fournisseurs de cannabis, des petits dealers et autres guetteurs, …
Mais, comme le déclare un ancien ministre de l’intérieur : « En parler, c’est avancer. Et quand on avance, c’est qu’on ne recule pas ».

Je suis décidément incorrigible ! Cette dernière déclaration me fait penser à la chanson paillarde intitulée : « Tu avances et tu recules ». Vous ne la connaissez pas ? Voici, le premier quatrain :
« Tu avances et tu recules
Comment veux-tu que je puisse te coincer la bulle
Tu avances et tu recules
Comment veux-tu que je t’en… lace !

*****

Et toujours, l’inspiration du poète 

Attention ! Cette semaine Didier Regard me signale que son texte est interdit au moins de 16 ans  😉

Allez, je déménage !!!
J’ai toujours aimé l’Isère
Même si j’ai passé l’age
De dépasser ma misère

Finalement, je rentre
L’État réfléchit
Il n’y aura pas d’épicentre
Et je ne serai pas blanchi

Toujours plus loin du Paradis
Il faut une concertation
Entre État et bandits
Mais je fais mal la division

Pour, une fois de plus
Faire de la taxidermie
Figer dans un rictus
J’attends la sodomie

 


 Didier Regard

Découvrir les poèmes de Didier Regard et aussi ses tercets

*****

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3 Commentaires

  1. Bien… ici, le cannabis est toléré et est en voie d’être légalisé sous très peu. On a le droit d’en faire pousser chez-soi… dépendant des endroits jusqu’à 5 plants. On a aussi, légalement, le cannabis médical où là encore on peut faire pousser ses propres plants… la quantité de plants dépend de la prescription du docteur… oui, les docteurs prescrivent la marijuana.

    On a aussi des dispensaires partout en ville où les gens vont chercher le cannabis, l’huile de cannabis et tous les autres produits qui en dérivent.

    Depuis ce temps, il y a beaucoup moins de problèmes et les gens (en grande majorité car il y a des twitts partout tristement) consomment de façon très correcte.

    Dès qu’il y a interdit, il y a problèmes. Le cannabis est une plante extraordinaire au point de vue médical, elle aide les gens qui souffre, elle guérit le cancer en grande partie… bref, c’est une plante extra mais, il y a abus et cet abus fait froncer les sourcils. Il y a aussi la big pharma qui ne veut pas la légalisation de cette plante car… tata les milliards de revenus pour leurs drogues qui tuent.

    Alors, c’est un sujet bien complexe mais la légalisation est la façon idéale d’agir. Ici, où je demeure, c’est le paradis du cannabis, presque tout le monde en prends, d’une façon ou d’une autre et la culture (légale et illégale) fleurit tout partout, même sur les balcons… et pourtant, les gens sont bien correct.

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    • En France, nous sommes quelques uns à attendre, (mon neurologue également), l’autorisation de mise sur le marché d’un médicament anti-douleurs (cannabis thérapeutique) existant dans bien des pays comme le votre. Comme soeur Anne nous ne voyons rien venir. L’Administration pousse le vice à l’annoncer de semestre en semestre … Malheureusement, je ne peux pas me le procurer à l’étranger car je dois être absolument suivi par un médecin (je suis un sujet à risque). Je n’ai pas encore trouvé dans ma région quelqu’un prêt à braver l’interdit … Une histoire de transfert de responsabilité, disent-ils.

      Mais de quoi les autorités ont-elles peur ? Le laboratoire contrôlant les morphiniques ne disposerait-il pas du brevet pour ce nouveau médicament ? Un lobby quelconque aurait-il peur que cela représente une porte ouverte vers la légalisation du cannabis non thérapeutique ? Changer la législation risquerait-elle de faire perdre des voix ?
      Ici, comme pour bien des réformes, bien peu de gens savent de quoi elles parlent sans que cela les empêche d’avoir des opinions tranchées et absurdes. La simple constatation que notre système dysfonctionne, ou pire, aggrave la situation ne semble déranger que peu de monde. À croire que sur certains sujets nous sommes un peuple loin d’être mature ! Comme ce serait salutaire pour la France d’avoir d’autre Simone Veil…

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  2. J’ai oublié de dire que, même si les dispensaires offrent le cannabis, celui-çi est assez dispendieux par contre… alors, les gens essaient d’avoir des permis médicaux pour faire pousser leurs propres plants

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