Les cheveux au vent, le coude à la portière, je porte les gants en cuir de Fangio. Ma main gauche est posée sur le volant, la droite maltraite rageusement la grille de la boîte de vitesse : je suis assis dans une Ferrari rouge.
Malheureusement, un cochon rose m’empêche de libérer les chevaux qui piaffent sous le moteur. Je klaxonne et je re-klaxonne ; je tape et je re-tape du poing sur le Klaxon !
« Il va bien finir par se pousser ce nourrain ridicule. Mais croyez-vous qu’il s’écarterait ? Et non, il est têtu le bougre ! »
J’ai beau faire rugir mon bolide, ce gêneur n’en a cure. Impossible de m’élancer à travers la campagne et de connaitre la jouissance d’une épopée débridée.
Qu’à cela ne tienne, je m’apprête à doubler. Mais zut, une ligne jaune !
Un coup d’œil dans le rétroviseur, et vision d’horreur, un motard est derrière moi, sirène hurlante et gyrophare en flamme. Décidément, la poisse me poursuit. Bougon, je reste dans ma file.
Je me tasse au fond du siège-baquet, car pour couronner le tout, un hélicoptère vrombit au-dessus de ma tête.
Trêve de patience, je n’y tiens plus ! Je m’agite, basculant mon poids d’une fesse sur l’autre. Je me penche à gauche, prêt à déboiter. Mais tout en fulminant, je pense aux quelques points qu’il reste à mon permis de conduire. Une fois encore, je décide de rester sagement derrière ce porc dont la queue tire-bouchonnée n’en finit pas de me narguer.
Soudain, une main se pose sur mon épaule. Je lève les yeux, et en petit garçon docile que je suis redevenu, je donne mon ticket au monsieur du manège…
Aux confins de ma torpeur, mon cerveau achève un cycle de sommeil et commence à faire le lien entre cette histoire drôle et l’environnement dans lequel je ne vais pas tarder à émerger.
Je suis en sueur. Pourtant, j’enfouis ma tête sous l’oreiller et je rabats rageusement la couette sur moi. Mais rien n’y fait. Les airs lancinants de l’orgue de barbarie du manège installé en bas de chez moi me saturent les tympans.
J’ouvre les yeux, et les douleurs si familières achèvent de me réveiller. J’avale les cachets posés sur la table de chevet. Et finalement excédé, d’un pas hésitant, je vais fermer la fenêtre de la cuisine.
Dehors, la visibilité ne dépasse pas les 200 mètres. Le port, la mer et le ciel, sont monochromes : le gris règne en maître absolu.
Quelques courageux parapluies survolent les quais et passent devant les petites baraques désertées ; même les pêcheurs ne sont pas sortis ce matin.
Je serais bien tenter d’aller me recoucher, mais mon chien en a décidé tout autrement. Il danse autour de moi. Il veut, que dis-je ? Il exige sa promenade !
Décidément, il y a des matins où j’aimerais bien ne pas m’être réveillé.
… Mais bon ! Je ne vais tout de même pas me laisser pourrir la vie par le type du manège et quelques gouttes de pluie. Allez, j’accélère, et je double ce putain de cochon rose !
***
Mon billet d’humeur : c’est un clin d’oeil, une brève de comptoir, une réflexion captée dans l’instant. Vous avez aimé ? Alors partagez-le, et incitez vos amis à s’inscrire sur https://launayblog.com/, et ne ratez pas celui de la semaine prochaine !
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