Les voleurs de silence

Résumé du billet d’humeur précédent, « Silence, je fais retraite » :
Cette semaine était celle de ma retraite d’automne au monastère de Ganagobie avec, pour la première fois, l’intention de me couper totalement du monde extérieur. De plus, je m’étais préparé à respecter à la lettre la règle du silence de Saint-Benoît. Objectif annoncé : me soustraire aux sollicitations incessantes du monde extérieur, et tenter d’explorer les abysses touchant au silence intérieur.

Alors que je craignais de ne pas supporter de ne pouvoir me tranquilliser chaque soir en survolant mes messages, afin d’être certain qu’aucune catastrophe n’était survenue en mon absence, je dois avouer qu’il n’en fut rien. Même le résultat du match OM-PSG ne m’a pas manqué – les connaisseurs apprécieront ! – Et pour être tout à fait sincère, je n’ai commis que deux entorses. L’une, pour m’assurer brièvement par un échange de SMS du retour à la maison de mon épouse partie à l’autre bout du monde; l’autre, pour demander l’échange de la batterie du défibrillateur du monastère.
En revanche, pour ce qui est du respect de la règle du silence de Saint-Benoît, je dois ici confesser mon complet échec. Et lorsque j’écris complet, il s’agit sans aucun doute d’un zéro pointé, et ce, dès le premier soir !

Alors que tous les retraitants patientaient devant la porte d’accès au cloître, dans l’attente que le père hôtelier nous invite à rejoindre les moines au réfectoire, quelle ne fut ma stupéfaction lorsqu’une personne prononçant mon prénom est venue vers moi. Il s’agissait de la toute première belle rencontre que j’avais effectuée au monastère. Cela faisait 8 années que l’on ne s’était pas vu. Émotions de nos retrouvailles – Amitié de coeur – Conjonction de parcours – Et … beaucoup de choses à échanger. La durée de son séjour ? Pile-poil calée sur la mienne !
Mais les surprises ne se sont pas arrêtées là. Comme le veut la tradition, le lendemain après déjeuner, le père hôtelier offre un café à tous les retraitants. Et contre toute attente, alors qu’il ne l’avait jamais fait lors de mes 13 premières retraites, il prit sur lui de raconter mon parcours de vie.
Stupéfait, je n’avais pas eu le temps de réaliser, que mon « carnet de bal » se remplissait. On eut dit que les retraitants se passaient le mot entre eux pour que je réalise un début de retraite silencieuse en fanfare.

Bien évidemment, vous pourriez objecter que j’aurais pu diplomatiquement dire « non », et expliquer gentiment que j’étais là pour me ressourcer, pour me recentrer. Et vous savez quoi, vous auriez raison ! Mais, emporté par un tourbillon inattendu, j’ai eu la faiblesse (ou l’orgueil) d’accepter de partager mon expérience de vie et de permettre à certains d’engager leur propre cheminement.
Toujours est-il que j’ai été submergé, et que je me suis laissé voler mon silence.

Néanmoins, je garde de cette semaine une réponse très claire à une question qui venait conclure le billet de la semaine dernière :
« Faire silence : Est-ce le besoin irrépressible de plonger dans les abysses de ma foi à la recherche toujours insatisfaite du sens de ma vie ? Le silence sera-t-il pour moi une réponse ? … »

La vérité mes amis : il me faut bien le reconnaître, en ce qui concerne ma petite vie, le silence ne semble pas être la solution !

 

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Et toujours, l’inspiration du poète 

Un parfum d’encens
Le raclement des cuillères
Clapot lointain

Des grillons moqueurs
Assourdissent l’oreille
Fumet du repas

Ce mur humide
La fin de ma seule bougie
Mais, c’est maintenant

Sous ce plafond bas
Un des rayons me foudroie
L’automne est là

Voleurs de silences
Scarabées qui bourdonnent
Les pierres roulent

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