Amazon provoque un terrible frisson dans le Landerneau de la distribution

Vous connaissez, chers fidèles lecteurs, mon sentiment de défiance envers les GAFAs (Google – Amazon – Facebook – Apple et consorts). Sous une apparence au demeurant sympathique, leur toute puissance pour ne pas dire leur hégémonie a de quoi faire frémir.

Ces grosses firmes s’immiscent dans nos vies et s’invitent dans notre quotidien. Elles se faufilent, à notre insu, dans les moindres interstices de notre vie privée. Bref, elles savent tout sur nous, y compris ce que nous ne leur disons pas, pour mieux devancer nos besoins et nos envies ! Elles les devinent d’ailleurs bien souvent avant que ce ne soit véritablement né dans nos cerveaux de consommateurs.
Les GAFAs surfent sur l’un des plus curieux paradoxes de l’Homme moderne : nous n’arrivons pas à vivre l’instant présent, et pourtant nous voulons savoir, avoir et pouvoir, tout, et tout de suite.

Je vous entends déjà soupirer en lisant ces quelques lignes : « La barbe ! Rien de nouveau, on sait déjà tout ça ! »
Et bien détrompez-vous ! Un événement important est survenu cette semaine. Un évènement trop important pour que je le partage avec vous lors d’un billet d’humeur dominical …

À première vue pour des yeux inattentifs ou rivés sur un nombril égocentrique, cela pourrait apparaître comme une blague qui pourrait avoir pour titre : « Amazon obtient le label bio ! »
« Ben c’est pas possible », me rétorquerez-vous, derechef … « Amazon ne fait pas dans la bouffe !»
Et bien depuis cette semaine, si !
Amazon qui jusqu’à maintenant répétait péniblement ses premières gammes dans ce domaine, en multipliant les baby-tests, a décidé de se payer une chaîne américaine de taille « adulte » : Whole Foods.
Vous ne connaissez pas ? Oh, rien d’étonnant, ce n’est qu’un petit distributeur américain, possesseur d’une marque de produits bio : 500 magasins, 16 milliards de dollars de chiffre d’affaires, rien moins que 30 millions de clients fidèles, tout heureux de revenir faire leurs emplettes un peu plus de deux fois par mois … À l’échelle du marché de la distribution alimentaire, à l’échelle même d’Amazon, c’est presque une anecdote : 1 an d’argent de poche … 😉

Sans nul doute, à décrypter les rares prises de parole de son PDG, Amazon s’apprête à devenir en très, très, très peu de temps, un acteur majeur qui va révolutionner notre façon de faire nos courses alimentaires. Avec leur grande maîtrise technologique de la distribution, avec leur culte de la qualité, du service, des prix bas, de la livraison rapide, il faut s’attendre à un véritable bon en avant sur le segment de la commande et du paiement sur internet avec au choix, mise à disposition en magasin, livraison en point-relais, livraison à domicile, et même livraison à domicile en 1 heure, quelle que soit la nature du panier acheté : appareils ménagers, outillage électronique, ouvrages culturels, …, boissons, légumes, petits pots pour bébé, … Et pourquoi pas, tout ça parachuté par un drone !
Autrement dit, à peine une quinzaine d’années après avoir connu les délices du « click and collect », vous pourriez disposer en 1 heure et à votre porte, de tout ce que vous achetez déjà sur Amazon et bien plus encore, mais avec le pack de lait, la motte de beurre, le pot de crème, et le cul de la crémière, pour peu que vous ayez un moyen de paiement utilisable sur internet.

Vous m’objecterez certainement, esprits retords que vous êtes, que pour certains bobos New Yorkais et même parisiens, des startups livrent déjà dans ces conditions quelques produits somme toute, élitistes. Oui, mais pas que ! Vous objecterez également que nos grands distributeurs alimentaires, en direct ou via des prestataires, livrent déjà des caddies bien pleins à domicile dans quelques villes françaises (pour quelques quartiers centraux).
C’est vrai ! La grosse différence, ce sera l’ampleur, la fiabilité, la qualité, le service, les prix compétitifs, … de ce nouveau type de business. Un business où régnera dans le culte du « tout et du tout de suite », l’esprit de la simplicité et de la liberté du choix pour le consommateur ; un business, où il existera certainement quelques niches aux côtés des mastodontes, mais où il n’y aura plus de place pour l’à peu près. Car, n’en doutez pas, nous, les consommateurs, allons devenir terriblement exigeants.

Vous pensez que je rêve ou que je délire ? Vous pensez que le commerce traditionnel a déjà su s’adapter et trouver la parade au développement du commerce sur internet ? Peut-être … Mais il s’agissait d’un temps où Amazon et ses petits copains débutaient, et à un moment où ils ne possédaient pas encore la totale maîtrise des process, de la technologie, de la robotique … Un temps où les GAFAs n’avaient pas encore investi en masse dans la recherche et le développement liés à l’intelligence artificielle, et sans la force de frappe qui est la leur aujourd’hui.

Ne vous y trompez pas, ce qui vient de se passer outre-Atlantique nous annonce l’arrivée d’un tsunami qui ne manquera pas de balayer les côtes du Landerneau de la distribution, qu’elle soit alimentaire ou non. Seule inconnue aujourd’hui, le temps que mettra la déferlante à arriver jusqu’à nous.

Fichtre, comme je suis sérieux en cette fin de semaine … ou, incorrigible optimiste … ou alors incorrigible pessimiste …ou bien … Ou bien, suis-je bon pour la retraite, à moins que ce ne soit pour l’asile ?!

À dimanche prochain, si toutefois je suis encore en liberté …

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Quand Thierry Regard voit rouge …

Dans le régime de Salo
Tout était Bio

On exonérait les salauds
Sous des uniformes et caracos

Pour faire croire que des amazones
Nous porteraient loin de la zone

Rien que des fascistes
A parure humaniste

S’appropriant la Rome Antique
Pour la réduire à une fosse sceptique

Les Licornes
Restent bien mornes

La vie sans data
Est notre désidérata

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