Insultes et guerre des sexes

Lorsque je croise un groupe de jeunes gens, je suis toujours sidéré par le vocabulaire qu’ils utilisent entre eux. À peine le temps de comprendre une expression ou une abréviation prononcée phonétiquement, qu’elle a déjà disparu. Et se risquer à l’utiliser pour rester « chébran » comme s’est plu à le dire F. Mitterrand, et c’est la ringardisation absolue !

Ainsi, certaines phrases restent pour moi incompréhensibles. C’est aussi à cela que je me rends compte que j’avance en âge. Oh, j’ai bien conscience qu’il n’y a rien de tout à fait nouveau dans cette propension qu’ont les jeunes à créer leur propre langage ! Je sais pertinemment que le langage est l’un des outils qui permet à nos ados de s’identifier, et de faire partie d’un groupe ou de s’exclure d’un autre.
Néanmoins, ce qui me frappe, c’est le nombre d’insultes et de propos orduriers qui ponctuent si fréquemment leurs conversations. On finit par faire mine de ne pas y prêter attention ; et même par trouver cela normal, sous peine de passer définitivement pour des vieux cons.

Cependant, j’ai été récemment particulièrement choqué par un échange anodin surpris dans un café, entre plusieurs jeunes filles, à la sortie d’un collège. Elles n’avaient pas 15 ans, et l’on ne peut pas dire que leur établissement scolaire était catalogué comme appartenant à un quartier sensible. Je sais, cette remarque laisse apparaître quelques préjugés, mais il ne sert à rien de se cacher les yeux ou de se boucher les oreilles devant certaines réalités. Alors, au risque d’en choquer certains… Passons !
Elles avaient le verbe haut, comme si elles tenaient particulièrement à être entendues. Elles traitaient allègrement leurs congénères de sales putes et de chaudasses, de pétasses et de connasses, de grosses vaches et de chiennes, de bâtardes et de … j’en passe.
J’avais beau avoir lu un jour que les mineures étaient les plus utilisatrices du mot « salope », je n’avais pas entendu en si peu de temps autant d’insultes, et qui plus est, des insultes que je m’attendais à entendre sortir de la bouche de garçons plutôt que de filles.

Et puis, il y avait ce mot qui revenait en boucle : « mec ».
À une époque pas si lointaine, toutes les phrases des ados étaient ponctuées par le mot « genre ». Aujourd’hui, celui-ci a été remplacé à l’évidence par « mec ».
Renseignements pris, les sociologues assurent qu’il s’agit du fameux « guys » qui nous vient d’Outre-Atlantique. Mais on a beau intellectualiser le truc, cela fait tout de même drôle d’entendre un «J’te jure, mec ! », balancé entre filles. Surtout lorsque « mec » est ponctué toutes les deux phrases par un tonitruant « j’m’en balec !», ou un encore plus explicite, « j’m’en bats les couilles, grave !».

Alors, On nous dit que la cause en est « la pression de la réputation sexuelle chez les mineurs, et la pression des normes qui pèsent sur elles et entre elles ». On nous dit que c’est « un bouclier derrière lequel elles tentent de se cacher pour mieux se fondre dans un environnement agressif ». Mais on nous dit aussi qu’il faut y voir la recherche d’un statut viril-branché valorisant.

Mais alors, devant ce phénomène de virilisation de nos jeunes filles, je m’interroge. Pourquoi s’acharnerait-on à gommer la prédominance du masculin sur le féminin dans la grammaire française ? Pour gagner le combat engagé pour l’égalité des sexes, les femmes utiliseraient-elles la technique du judo ?

Ah mes amis, je m’y perds ! Ce nouveau langage des sexes me met la tête à l’envers. Loin de moi l’entêtement à vouloir comprendre, ou analyser plus avant le verbiage des insultes. Je préfère et de loin l’obsolescence de celles chères au capitaine Haddock. Et confidences pour confidences, j’ai une affection toute particulière pour, coureuse de rempart ou gourgandine, nodocéphale (1) ou coprolithe (2), et ectoplasme ou pisse-froid, qui ne sauraient manquer ni de sens, ni d’élégance.

(1) tête de nœud »
(2) Merde fossilisée »

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Et toujours, l’inspiration du poète …

Langage ad hoc
Pour innerver la coque

Fissurée de l’Animus
Devient un habitus

L’homme est dans la femme
Redoutant sa gamme

L’empreinte d’un genre de corps
Au fond de l’Ombre

Lui permet de vivre encore
Dans la pénombre

Mais, c’est dans la lueur
Qu’il parvient à vaincre ses peurs

En explosant l’angoisse légitime
De ne plus être la victime

D’un pénis rentré
Qui est le cœur de sa cité

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