une nuit entre cauchemar et spleen

L’heure est fort avancée. J’aspire à disparaître dans la profondeur du noir de la nuit. Le sommeil que je tente de rejoindre avec tant d’acharnement n’en finit pas de se dérober pour finalement me défier de plus belle.
Alors que j’ai épuisé toutes les techniques référencées au Panthéon des insomniaques, mon cerveau se plaît à butiner, tel un papillon, de pensées en pensées…
Soudain, allez savoir pourquoi, sans doute une association perverse, il se crispe une nouvelle fois sur le « je pense donc je suis » si cher à Descartes. À croire qu’il s’agit d’une terrible obsession. Car enfin, j’ai déjà eu l’occasion de pourfendre lors d’un billet d’humeur cette phrase fétiche des cartésiens. Est-ce parce que, comme tant d’autres pyromanes, j’éprouve un certain plaisir à brûler les idoles du passé, que renaît cette semaine un furieux besoin d’allumer un nouveau foyer ?
Qu’importe ! Allumons le feu ! Les flammes de l’enfer me mèneront peut-être chez Morphée… Et oui ! Bien que certains aient exprimé le contraire, mourir, n’est-ce pas dormir un peu ?

Dormir, dormir, dormir … Quel égoïsme ! Quelle perte de temps, quand je pense à la lourde responsabilité de mon existence ! La responsabilité de transmettre ce que j’ai contribué à réaliser, mais surtout de transmettre ce que j’ai reçu. Car mes amis, c’est bien à cet égard que Descartes se trompait. Le monde n’a pas commencé avec « je ». Il s’est passé tant de choses avant « moi » ! Tant de choses qui ne m’appartiennent pas, et sur lesquelles je n’ai aucun droit de censure. Quant à dissimuler ce que j’ai fait, ou contribuer à réaliser, là encore il ne m’appartient pas de ne retenir que ce qui m’arrangerait.
Soudain, un terrible vertige me prend : tant d’êtres ont vécu avant moi ! Alors, quel égocentrisme que de croire à ce « je », tout autant qu’à penser contribuer au « jeu » de la vie ! Ne serais-je pas à certains égards tout simplement « hors-jeu » ?
À cette pensée, je sens confusément mon souffle s’accélérer. Mon cœur cogne au creux de mes tympans. Des perles de sueur se cherchent un chemin entre mes faibles pectoraux…

Mais que s’est-il donc passé ces derniers jours, pour que j’en vienne à méditer avec une telle noirceur sur cette question dont apparemment tout le monde se moque, et qui par conséquent ne devrait pas être de nature à améliorer les statistiques de ce blog ? Beaucoup de mes chers abonnés ont déjà dû zapper ce billet d’humeur dans un ultime soupir d’ennui.
Quelle peut bien être la motivation de ce qui pourrait bien ressembler à un suicide « bloguien » ? Ai-je été traumatisé par l’un des développements d’une actualité plus nauséabonde que jamais ? Ai-je été perturbé par l’approche des bacs blancs de philosophie, (dont pourtant, il faut bien l’avouer, je me contrefous) ? Ai-je été happé par une méditation transcendantale qui m’aurait plongé dans les profondeurs abyssales du #Moi, du #Toi, et du #NousVousIls, (selon sa majesté Twitter) ?
Rien de tout cela ! Je me suis tout simplement interrogé, alors que j’ai pris conscience depuis quelques temps d’être parvenu à l’âge de la transmission, sur ce que je pouvais bien avoir à transmettre d’utile à l’humanité … Allez, soyons moins prétentieux … d’utile à mes congénères … Mmm, d’utile à mon entourage … ou d’utile tout court …
Des volets claquent, des chiens aboient, le jour fait une irruption brutale dans la chambre … Pour sûr, il est grand temps que je me réveille en affichant un grand sourire de gratitude envers la vie, sous peine de ne pas mériter d’exister !

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Et toujours, l‘inspiration de Didier Regard

C’est la nuit du spleen
Avec intention mesquine
Qui tourne dans ma bobine

Le spleen d’Aix
Qui dévore mon cortex
Qui fronce mes réflexes …

… Découvrez la suite du poème de Didier Regard

… Et lisez tous ses tercets

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