Expérience inédite dans un centre médical à l’anglaise

Je n’avais encore jamais eu l’occasion d’entrer dans un centre médical anglais. Ayant besoin prestement d’une ordonnance pour renouveler un médicament, nous nous sommes rendus là où il se devait.
L’expérience de cette semaine fut l’occasion d’une radicale et profonde remise en question.

Imaginez un supermarché médical et paramédical sur 3 étages. Au fin fond du plateau principal, le hall d’entrée d’un dispensaire international ou d’un laboratoire d’analyses bien de chez nous, et vous aurez une idée de la topographie des lieux. J’aurais d’ailleurs très bien pu situer « the » expérience dans une salle d’accueil lambda, toutes activités confondues.
Une entrée basique, un couloir aux multiples portes fermées comme dans un film d’Hitchcock et, menant à un comptoir, des poteaux pour encadrer la file d’attente, identiques à ceux que l’on trouve dans un aéroport, ou même chez Mickey. Derrière le comptoir, sur lequel un présentoir annonce 1 heure environ d’attente, deux employés affairés sur le clavier d’un ordinateur. Écouteurs sur les oreilles pour l’un, sourire interrogateur pour l’autre.
Après un échange des plus décomplexé destiné à cerner la nature de la pathologie, et à déterminer si nous avions besoin d’un vrai docteur ou d’une « nurse », (oui, oui, vous lisez bien, vous qui ne maîtrisez pas la langue de feu Shakespeare), on vous prie de remplir un questionnaire, tout en vous tendant une fiole pudiquement dissimulée dans un sac en plastique. Le tout, en vous montrant ostensiblement la porte des toilettes.
Autant dire, l’efficacité alliée à la discrétion anglo-saxonne.

Saisissant vaillamment le formulaire, nous nous sommes attelés à la tâche. Et oui, dans un souci d’efficacité, nous avions jugé utile de nous y mettre à deux.
Surprise, la discrétion n’est plus de mise et le questionnaire est légèrement invasif !
Après avoir dû naturellement décliner, sexe (pas moins de 5 options), identité, adresse et numéro de téléphone, le requérant est invité à répondre à des questions qu’un préposé de la Commission National Informatique et Liberté française, (la CNIL pour les intimes), n’aurait même pas osé formuler oralement et à voix basse lors d’une parodie humoristique de « speed dating » : antécédents médicaux, allergies, intolérances et malformations, passe encore, mais pour la suite, le visage de notre préposé aurait viré au pourpre et un chat se serait carrément écrasé sur sa langue : préférences sexuelles (5 options), appartenance ethnique et religion… My God !
En vaillants petits soldats, nous ne reculerons pas devant l’obstacle. Hélas, nous découvrirons trop tardivement que ces dernières questions, et même celle concernant le sexe, étaient optionnelles. Et oui, après chacune des réponses proposées figure une case « ne préfère pas répondre ». … Que voulez-vous, on est doué pour remplir les questionnaires, ou on ne l’est pas !

Remis de nos émotions, c’est une salle d’attente bondée qui nous accueillit. Divine surprise, des écrans de télévision accrochés aux murs allaient se charger de nous distraire.
Nous avions trop vite oublié que nous étions aussi au pays de la chasse aux temps morts. En fait de distraction, nous eûmes droit au parfait vade-mecum de la santé : impardonnables en plein été de zapper en se bourrant de chips et de bière(s) devant sa télévision ; non, les maladies sexuellement transmissibles ne se contactent pas en se tenant la main, et oui, le Sida existe bel et bien ; si tu as plus de 55 ans, c’est un suicide de n’être pas à jour de tes vaccins ; ne compte pas sur nous pour te délivrer des antibiotiques ; méfies-toi, l’alcool est une habitude addictive qui nuit à la santé et aux performances sexuelles ; et ne prends pas ta voiture pour les petits trajets, ce n’est rien de moins qu’un crime contre l’humanité et contre la nature ; mais au fait, es-tu bien certain d’avoir pratiquer tes 15 minutes de sport aujourd’hui ? Et ton régime alimentaire contient-il suffisamment de fruits et de légumes ? …
Mais bon ! Si tu es prêt à montrer l’exemple en adhérant à l’art de vivre qui t’est proposé, tu as trouvé un job : accompagnant auprès des malades dans un service de gériatrie ou un centre de désintoxication. Ne soit pas timide, et compose le numéro gratuit !

Le rendez-vous ne me concernant pas, j’ai même eu le droit à une séance de révision dans cette salle d’attente qui avait décidément fait voeu de me transformer …
Abasourdi, le coup de grâce m’est donné en m’échappant de cet endroit, lorsque je lus que la Ligue locale contre le cancer se voulait rassurante à mon attention : « Même avec un cancer, un papa restait, sinon un papa, tout au moins un copain » !
Rassurez-vous, pour éviter de me faire hara-kiri sur le champ, j’ai préférer conclure que ma traduction devait être imparfaite.
Néanmoins, l’espace d’un instant, je dois vous avouer qu’en sortant de là, j’étais prêt à devenir un ermite vegan, ayant fait vœu de silence, de pauvreté et de chasteté, retiré au fin fond de la forêt de Brocéliande, et ne s’autorisant même pas de temps en temps une gorgée de jus de raisin.
Enfin … soyons honnêtes, l’espace d’un très bref instant !

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Et toujours, l’inspiration du poète 

« On » veille sur toi
Tu as l’appli
Qui compte tes pas
D’une journēe bien remplie ?

Manges-tu tes 5 fruits et légumes ?
Pour ne pas devenir un légume
Et, ainsi, respecter la coutume

Tu n’es pas Vegan ?
Tu ne fais pas d’aqua poney ?
Cela t’irait comme un gant
N’oublie pas ton bonnet

Un spritz le midi ?
Alors « On » te prédit
Une mort à crédit

Frappé d’anathème, tu seras
Dans l’ultime course du rat
Tu prépares ton dernier toit
Et tu en restes pantois

 


 Didier Regard

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